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Filosofía

Información sobre la Vida y el Tiempo

miércoles, 26 de agosto de 2015

Información sobre la Vida y el Tiempo


Aparecen en un sitio ruso, las dos con una ilustración que no se me parece mucho, mis bibliografías sobre el Tiempo y sobre la Vida.

_____. "Life." From A Bibliography of Literary Theory, Criticism and Philology. Online at Znate 21 Jan. 2013.*
         http://lib2.znate.ru/docs/index-295963.html
         2015
_____. "Time." From A Bibliography of Literary Theory, Criticism and Philology. Online at Znate 23 Jan. 2013.*

         http://lib2.znate.ru/docs/index-297858.html

Steven Pinker: 'The Stuff of Thought' (Talks at Google)







René Girard, "Le rôle de la violence dans la culture humaine"

jueves, 20 de agosto de 2015

René Girard, "Le rôle de la violence dans la culture humaine"



L'imitation, le contrôle de la violence, le bouc émissaire, l'institution de la communauté, la coopération, le rituel cathartique, le christianisme, et la neurologie des neurones miroir. René Girard explique sa théorie de la violence et son symbolisme dans le contexte de l'anthropologie, de l'étologie et de la neurologie contemporaines. Je transcris ici la conférence de René Girard à l'École Normale Supérieure, 4 décembre 2007. "Le rôle de la violence dans la culture humaine." On peut écouter la vidéo en ligne à Savoirs ENS:   http://savoirs.ens.fr//expose.php?id=222
 
 

 

—oOo—



Le rôle de la violence dans la culture humaine

par René Girard



Moi je vais vous parler de mon sujet habituel, je parle toujours du même sujet, je parle toujours de la violence, et du rôle qu'elle joue dans la culture humaine. Au fond, les gens parlent de diverses façons, mais je ne vais pas parler aux littéraires seulement, parce que j'ai toujours proclamé qu'il y avait quelque chose de scientifique dans les théories, et aujourd'hui, il n'y a pas de raison décisive, bien sûr, de confirmer cette affirmation, mais il y a quand-même des découvertes qui sont très proches de mes soucis sur la violence. Nous avons bonne raison de nous interroger sur la violence, parce que nous savons qu'elle grandit dans notre univers, n'est-ce pas, mais les scientifiques ne remettent jamais en cause leur définition de la violence, qui est généralement en termes d'agression. Et si on dit 'agression', eh bien,  c'est un mot qui est un peu démagogique je pense, parce que quand on pense à l'agression, on n'est jamais soi-même l'agresseur; il est bien évident que nous ne sommes pas les agresseurs dont les comportements conduisent des phénomènes violents, n'est ce pas... Donc, si on prend l'agression comme définition de la violence, personne n'est jamais responsable de la violence; ce sont toujours les autres, des inconnus dont nous ne savons pas d'où ils viennent, et, au fond, on perpétue, et c'est l'essentiel peut-être, l'idée de la bonne nature humaine qui est celle de Rousseau, corrompue para la société peut-être, mais bonne dans son essence première et qui pourrait rester bonne si on se débarrassait de la société et si on limitait son pouvoir, etc.

Moi, ma thèse est un peu le contraire de cela. Et c'est pourquoi, c'est un des raisons pour laquelle elle est controversée. Et beaucoup de gens pensent, parce que je suis parti du roman... ce que le roman montre, avant tout, c'est que la violence entre les hommes est rivalitaire, n'est-ce pas? Ce caractère rivalitaire de la violence il est là, si vous avez lu cinq pages de Mensonge romantique vous savez ce qu'il est; c'est dans le roman chevaleresque, le roman de Cervantes, il est visible dès le départ; il est essentiellement combat entre deux rivaux; entre deux rivaux pour quelque chose, ou pour la gloire, ou pour... il y a toujours un enjeu entre eux qui est disputé. 

Cette violence rivalitaire nous savons que d'une certaine manière elle est déjà présente chez les animaux. Dans les phénomènes sexuels, par exemple, chez les mammifères, lors qu'un mâle en voit un autre courtiser une femelle; chez les lions de mer de Californie par exemple, qui sont pas très loin de mon université, eh bien, d'autres mâles sont attirés, et on a vraiment l'impression qu'ils sont attirés davantage par le fait que la femelle a déjà un autre mâle qui la courtise. Mais nous savons que chez les animaux ces rivalités ne se terminent pas par la mort, qu'il ne se tuent pas —à l'époque où j'ai conçu mon livre ils ne se tuaient jamais. Aujourd'hui ils se tuent. La "science" entre guillemets change très souvent de théorie sur ces sujets. Mais s'ils se tuent ce n'est pas dans des rivalités sexuelles, qui se terminent plus souvent par ce qu'on appelle des réseaux de dominance; et le réseau de dominance ce n'est pas tout à fait l'esclavage humain mais c'est un peu la même chose: le vainqueur passe toujours le premier en matière de désir. Ça veut dire que les rivalités animales, d'une certaine manière, restent assez modérées pour pouvoir être présentes directement, publiquement, dans la communauté. Nous savons que tous les printemps, n'est-ce pas, il y a de longues sessions de combats entre ces lions de mer de Californie que les gens vont voir par milliers, et ça ne dérange pas du tout les lions de mer qui poursuivent leurs ébats, ou —qui sont redoutables malgré tout, parce qu'on sait, on fait des statistiques maintentant sur la longueur de vie, et on sait que les femelles vivent trente pour cent de plus que les mâles, parce qu'elles ne se battent pas.

Donc, qu'est-ce que ce phénomène de rivalité? Ce phénomène de rivalité je l'ai défini dans Mensonge romantique  comme 'imitation du désir', essentiellement. Et c'est cette imitation du désir qui passe mal. Parce que, à l'époque où l'imitation était à la mode —l'imitation a été à la mode, il y a très longtemps qu'elle ne l'est plus, mais elle était à la mode à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, chez les psychologues, chez les sociologues... C'est l'époque de Tarde, hein, qui s'intéressait à l'imitation, et qui était une espèce de rival de Durkheim, qui refusait d'ailleurs de lui donner une place à Paris, il était dans une petite ville de province, malheureux, et il y est resté. La sociologie française est un peu disputée entre Tarde et Durkheim. Et Tarde, c'était la théorie de l'imitation, et il voyait dans l'imitation, essentiellement, la source de l'harmonie sociale. Si les gens s'imitent, s'ils font la même chose, ils sont d'accord.

Mais, dans le cas du désir —s'agisse-t-il d'une femelle de lion de mer ou qu'il s'agisse d'une femme, ou d'un homme, etc.— imiter le désir de l'autre c'est, bien entendu, entrer en rivalité avec cet autre, donc c'est se battre avec cet autre. Et ces rivalités sont faciles à observer. Le fait que Platon... —nous ne savons pas, nous n'avons jamais réussi à expliquer... même Derrida, qui expliquait tout —ou n'expliquait rien, je ne sais pas—ne savait pas pourquoi l'imitation était redoutable chez Platon. Personnne ne le sait, vraiment. Mais l'imitation, chez Platon, elle fait peur. Et quiconque a lu la République, etc., sait que les jeunes gens par exemple, les gardiens de la future cité parfaite, ne doivent pas imiter le bruit de la mer, les femmes enceintes, etc. —toute sorte de choses bizarres qui leur étonnent et qui font de l'imitation quelque chose de redoutable. Et au fond, jamais personne à mon avis n'a compris pourquoi l'imitation est redoutable chez Platon. Bien, tout à l'heure vous me direz, comme il y aura des questions, si vous avez une réponse à cette question.

Mais lorsque les questions ne sont pas résolues, géneralement on les pose pas. On ne les pose plus pour supprimer le probléme plus ou moins insoluble. Et ce caractère redoutable de l'imitation —dangereux, inquiétant— et en particulier de la revélation de l'imitation, pour les matières religieuses. Ce que Platon reproche aux philosophes et aux tragédiens en particulier, c'est de réveler la violence des mythes, des phénomènes liés au divin, à un divin auquel lui-même ne croit pas, mais il croit, il pense que c'est dangereux d'en revéler la nature. Et au fond, je repète, nous ne savons pas vraiment pourquoi. Nous ne savons vraiment pas pourquoi parce que nous croyons que l'imitation c'est l'harmonie sociale, n'est-ce pas —et c'est ce qu'on commence à penser à partir d'Aristote. Alors, là il y a quelque chose qu'il faut bien voir; Aristote decrète, en supprimant la peur, toutes les peurs de Platon, et en disant "l'imitation, aucun problème", etc. —il voit tout de suite l'imitation artistique, et il voit surtout... il n'y voit guère qu'elle, n'est-ce pas. Et l'imitation reste aristotélicienne jusqu'à notre... la période actuelle, au fond. Et donc n'est pas dangereuse; donc elle devient anodine, insignifiante.

Alors, moi, ce que j'ai vu dans Mensonge romantique et vérité romanesque, c'est que beaucoup d'écrivains disent le contraire de ceci. Parce que Don Quichotte, Amadis, ils s'en prennent à toutes sortes de choses, à des moulins à vent, mais aussi à des individus, ou ils libèrent des prisonniers dangereux, et sèment le désordre dans la communauté. Et Madame Bovary, en imitant Paris, les amours parisiennes, en étant séduite par toutes sortes de choses qui ne sont pas elle et qu'elle s'efforce d'imiter, gâche sa propre vie, la détruit, et finit dans la mort. J'ai tout de suite eu l'impression que les romanciers ne traitaient pas l'imitation à la façon de ces psychologues qui en faisaient la chose la plus innocente, et la moins intéressante du monde—donc ceci c'était quelque chose de fade, et tout ça .... Lévi-Strauss a encore des textes qui correspondent à cette vision de l'imitation; il parle dont je ne sais plus quels sauvages, qui imitent à la façon fade des aquarellistes, des dames qui font des aquarelles à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, où il a des phrases de ce genre, n'est-ce pas...

Eh bien, aujourd'hui la science est en train de découvrir que c'est complètement faux. Ah, là c'est une découverte tout récente, qui date de quelques années, dont on commence à parler, et certains chercheurs en parlent beaucoup, en particulier les gens de Parme, qui font de la néurologie. Les gens de Parme on découvert ce qu'on appelle aujourd'hui les neurones miroir. Et on en parle aussi aux États-Unis, et nous, les amateurs de la théorie mimétique, avons eu une réunion avec les découvreurs des neurones miroir. Qu'est-ce que c'est une neurone miroir? Ben, c'est très facile. Quand on fait de la recherche sur le cerveau, sur les neurones, on a des petits appareils qui ont des électrodes, etc., qu'on met sur le crâne des gens, et qui se mettent à fonctionner lorsque les neurones se mettent à fonctionner. Et un beau jour, ils étaient en train de traiter, de soumettre des macaques à ce traitement, et d'examiner les... certaines neurones du lobe frontal, qui s'allumaient lorsque le singe s'emparait d'un aliment, disons. Et bien, les chercheurs ont un peu oublié leurs singes, et on laissé les sets d'eléctrodes fonctionner, et sont allés manger eux-mêmes. Et tout à coup ils ont entendu le petit grésillement caractéristique du  fonctionnement de l'appareil qui étudie les neurones, qui s'aperçoit du moment où les neurones se mettent à fonctionner. Car les neurones fonctionnent ou ne fonctionnent pas. Et les rechercheurs ont dit, mais qu'est-ce qui se passe? Et ces macaques étaient pas loin d'eux, et ils étaient en train de mettre des aliments dans leurs bouches. Ils ont donc découvert qu'il existe chez les singes, et c'est beaucoup plus fréquent chez les hommes, un type de neurones qui se met à fonctionner si l'on fait un acte, mais aussi si l'on observe cet acte. C'est tout à fait évident, d'une certaine manière, que si la chose se passe ainsi, elle est très importante sur le plan des désirs, des souhaits, des actions, etc. Si on se met à penser à la sexualité, n'est-ce pas... —toute la formidable industrie de la pornographie telle qu'elle est aujourd'hui, est toute entière fondée sur les neurones miroir! —de toute évidence, puisque ce n'est plus l'action qui commande le désire, mais le spectacle. Et il s'agit du désir le plus fort que les hommes connaissent. Et les gens qui parlent des neurones miroir parlent très rarement ... je n'ai guère aucun exemple de ceci, mais ça me parait évident, et d'une importance capitale, n'est-ce pas...

Donc, ils se sont mis, bien sûr, ces gens, à penser aux neurones miroir. Observer quelque chose, et faire quelque chose, ce sont les mêmes neurones miroir qui fonctionnent —les mêmes neurones qui fonctionnent. Il y a donc une imitation instantanée. Le fait que l'imitation soit instantanée, puisse être instantanée, c'est à dire, ne soit pas apprise —parce que si vous regardez les grands psychologues du dix-neuvième siècle, l'imitation est apprise. Piaget lui-même pense que le processus d'apprentissage de l'imitation commence à l'âge d'un an, ou deux, ou je ne sais pas... c'est à dire, au moment où il y a un début de représentation symbolique, où il serait nécessaire d'avoir une représentation symbolique de l'objet qu'on désire, n'est-ce pas, pour apprendre à imiter celui qui se sert de cet objet, le mange, le consomme, etc. Les neurones miroir montrent que ce n'est pas vrai.

Il y a d'autres chercheurs qui, depuis 1975 à peu près, montrent que l'imitation, sous des formes qui nous paraissent à peine concevables, lorsqu'on les.. lit, les expériences de ces individus, qui sont des médecins et des chercheurs, en particulier de l'Université de Washington, au site de Vancouver, eh bien, ces gens-là on constaté qu'il ya avait imitation et imitation différée, c'est à dire, imitation qui se produit dans un certain temps et qui peut se produire n'importe quand, en l'absence de tout observateur, chez les nouveaux-nés.

Et ces chercheurs ont obtenu de la mère, dans bien de cas, qu'ils soient les premiers à regarder le nouveau-né. Et l'exemple le plus fameux est celui d'un nouveau-né âgé de douze minutes, qui a tiré la langue, au bout de quelques heures, en réponse au fait que celui qui faisait l'expérience lui avait tiré la langue. Et ces expériences bien sûr sont très très sérieuses et repétées des milliers de fois, parce que ces deux... les deux chercheurs auxquels je pense là font des expériences sur ces mêmes sujets, c'est un temps [...] très long, depuis une trentaine d'années, et sont certains que l'imitation différée à la naissance est un phénomène constant et qui se produit... tourner la tête d'un côte, retourner de l'autre, tirer la langue, en particulier. Par conséquent, l'imitation là n'est pas un phénomène qui exige l'apprentissage, qui serait appris, et qui ensuite ferait ce qu'il pourrait, mais n'aurait pas beaucoup d'importance, dans la vie; c'est un phénomène d'apprentissage lui-même, qui apprend. Et nous savons d'ailleurs tous que c'est vrai, dans le cas du langage. Et puis nous savons, par exemple, que la capacité d'apprendre le langage est beaucoup plus forte chez des individus qui sont totalement incapables de savoir qu'ils imitent, des petits enfants, que chez des adultes qui s'évertuent à apprendre des langues étrangères et réussissent très très mal, alors que des petits enfants font... avec... —à la perfection.

Donc l'imitation est un phénomène spontané, et si elle porte entre autres choses sur le désir, elle doit être l'explication première de la violence humaine, qui est essentiellement rivalitaire. Le comportement de rivalité est très important aujourd'hui, puisque le capitalisme fonde sur lui, n'est-ce pas, son idée de ce qui est essentiel dans l'activité humaine. Le comportement rivalitaire est absolument essentiel, mais l'idée que la violence sort, pourrait sortir, directement des neurones miroir, de ce type de compétition, ne l'est pas. Alors, lors qu'on observe des singes, etc., il est évident que c'est à cela qu'on a affaire. On a découvert très vite que les neurones miroir éxistaient non seulement chez les hommes, mais qu'elles étaient infiniment plus nombreuses que chez tous les animaux, et que, par conséquent, tout ce qui on peut dire d'eux était particulièrement vrai chez les hommes.

S'il y a donc cette imitation spontanée du désir, tout ce que les avant-gardes de ces dernières anées nous ont dit sur des choses comme les interdits, par exemple –on a cherché à nous apprendre, hein, depuis à peu près quarante ou cinquante ans que les interdits culturels, les interdits sexuels, par exemple, dans les communautés primitives, sont des choses qui sont dues aux complexes de ceux qui inventent les interdits, mais pas à de bienheureux petits jeunes gens, ou petits enfants, qui s'imiteraient paisiblement, et qui n'auraient aucun problème entre eux, si les interdits n'éxistaient pas. Il est bien évident qu'on se moque de nous depuis longtemps, et que cette façon de concevoir l'anthropologie ne va pas durer très longtemps aujourd'hui. Que l'idée que les interdits ne servent à rien... —si vous regardez les interdits, les interdits, si c'était vraiment des interdits contre le sexe, ils seraient universels. Et nous savons que certaines sectes religieuses on fait ça, au seizième siècle, très peu nombreuses, et qu'elles n'on pas duré, parce que... etcétera. Mais les interdits des cultures archaïques, si on les regarde de près,  on s'aperçoit que la femme qu'ils interdisent à un tel, non seulement ils la permettent à tel autre individu, mais ils la prescrivent. Et l'on se rend vite compte, lorsqu'on se débarrasse de ces préjugés avant-gardistes, qui sont les préjugés français par excellence, on peut dire que la France a répandu dans l'univers entier la thèse, au fond, si vous voulez, sur le non-sens de la culture entièrement basée sur les préjugés de celui qui la fabrique. Ça commence avec Rousseau, et puis après ça s'exagère d'une manière prodigieuse. Mais si vous regardez les interdits, justement, vous voyez que ce que les cultures cherchent à faire, c'est un système qui serait prescrit d'avance et qui fait qu'il n'y aurait jamais d'occasion de violence. Si vous laissez tout le monde désirer la même femme, il est bien évident que tout le monde doit se précipiter sur la même femme, et qu'il y aura des bagarres. Et c'est de là que viennent les interdits; c'est pour éviter ces bagarres-là, de toute évidence, que les interdits ont été crées. Et ils ont dû être crées très lentement, par une série d'approximations où on a fini par essayer de supprimer toutes les causes et toutes les possibilités de conflit. Si on regarde certaines institutions dites totémiques; vous savez, lorsque le mot 'totémique' est discutable, Lévi-Strauss a eu raison sans doute de le refuser, il veut sans doute absolument rien dire, c'est un mot qui vient d'Amérique, qu'il y a eu une de ces modes... on peut oublier le mot 'totémique'; mais on sait qu'il y a des sociétés, particulièrement dans... en Australie, où toutes les denrées alimentaires, c'est toujours un secteur séparé de la communauté qui s'occupe, qui s'occupe par exemple de la récolte de légumes, ou des insectes, ou des rongeurs qu'on consomme. Mais c'est toujours le même groupe qui s'occupe du même produit. Et ce produit est toujours celui de la culture qu'ils n'ont pas le droit de consommer. Ils n'ont le droit de le consommer seulement qu'un seul jour spécial qui est le jour du totem, parce que ce produit, pour eux, autant, est leur dieu. Et pourquoi n'ont-il pas le droit de le consommer? Parce qu'ils le manipulent toute la journée, et évidemment ils ne sont plus tentés de se disputer à son sujet. Mais dans le système totémique, le produit que vous ne consommez pas, parce que vous le récoltez, vous le donnez complètement aux autres. Et les autres, en revanche, vous donnent le produit qu'ils récoltent, et qu'ils ne consomment pas, et qui est leur dieu à eux. Par conséquent, il y a symmétrie dans la non-consommation du produit dont on s'occupe, qu'on récolte, n'est-ce pas, et du réligieux. Et c'est tout à fait extraordinaire, à mon avis. Ça prouve que le produit dont on a peur, le produit autour duquel on peut se bagarrer, a déjà quelque chose de divin. Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on le consomme pas, parce que si on le consommait, tout le monde se bagarrerait autour tout le temps. Donc le produit tout de suite on s'en débarrasse pour le donner aux autres, parce que pour nous, il est horriblement dangereux, pour notre groupe. Tous les.. font la même chose, tous les groupes intégrés dans la communauté font la même chose. Si vous réfléchissez à ce qu'on appelle l'exogamie, c'est la même chose. Et je dirais, c'est bien normal. Les femmes que le groupe produit sont beaucoup plus dangereuses pour ce groupe, qui va commencer à se bagarrer autour d'elles tout de suite, que les femmes qui viennent de loin, ou tout au moins on peut espérer, n'est-ce pas? Donc, à mon avis, tous les phénomènes d'exo-praxie, on pourrait dire, de la tendance des cultures humaines à sortir à l'extérieur, et à chercher dans l'extérieur des partenaires qu'elles ne peuvent jamais trouver à l'intérieur, c'est toujours une tendance, à mon avis, contre la violence. On va chercher les femmes au dehors parce qu'on ne les connaît pas, et il y a moins de risque de se bagarrer autour d'elles.

La preuve de ceci, ou un des signes que ceci pourrait bien être vrai, c'est qu'il y a des sociétés où tout à coup on s'aperçoit, puis il y en a pas mal, mais on tend à diminuer leur nombre —l'ethnologie ancienne, n'est-ce pas, ça paraît tellement bizarre— où on échange tout, même les cadavres —moi je dirais surtout les cadavres. Parce que même aujourd'hui, lorsqu'il y a eu une mort dans une famille c'est très souvent l'occasion de disputes terribles: qui est responsable de quoi, comment on va partager l'héritage, etc. Toute mort est un phénomène de conflit. Donc, confier ce cadavre aux autres, aux groupes étrangers qui n'ont aucun rapport avec eux, c'est diminuer les chances de violence. Que va-t-on faire en retour pour eux? Eh bien, ils vont nous donner leurs cadavres à eux; c'est comme ça que la société elle-même devient un système d'échange—l'évitement de la violence. Avouez que cela a plus de sens de penser cela que de s'imaginer qu'il y a une espèce de mystique du don et du contre-don... Et il y a le seul grand anthropologue du commencement du vingtième siècle que l'avant-gardisme de l'époque, qui était si puissant, que la littérature dans tous les domains a gardé, c'est Mauss. Parce que Mauss croit à des trucs bizarres comme ceux-ci—il ne s'intéresse pas du tout à la violence, il n'a pas peur, ça n'existe pas. La violence aurait été inventée par les hommes modernes qui aient commencé—ils sont vraiment mauvais, Rousseau nous l'a appris, et comment se trouveraient-ils... Nous sommes horriblement rousseauesques, mais je crois que nous commençons à nous en débarrasser.

Et si on se met à comprendre ce qui se passe, on voit très bien pourquoi aussi les dieux seraient cette chose que nous cultivons, nous, et qui nous est reservée à nous, et que nous ne devont pas toucher parce que nous nous bagarrerons à son sujet. C'est la chose qui peut nous unir, et c'est la chose qui peut nous détruire en nous séparant les uns des autres. C'est la chose surhumaine par excellence; les dieux c'est toujours ça.

Donc, le totemisme divinise les objets consommables, etc., ou... —ce n'est pas étonnant. A mon avis le totemisme... —n'existe pas en tant que totemisme, etc., mais représente un stade très archaïque, dont certains aspects peuvent subsister dans certaines cultures, ont subisté très tard, n'est-ce pas, et rendent assez manifeste le fait que la culture est avant tout évitement de la violence.

L'interdit.... Alors, comment ces interdits se mettent-ils en place? Ces interdits, ça... –j'ai fait ça dans tout... j'ai fait ça à partir de La Violence et le sacré, parce que dans Mensonge romantique j'ai vu que la rivalité était la violence essentielle chez les hommes et pas l'agression, et qu'elle est partout, la concurrence. Elle est d'autant plus mauvaise lorsqu'elle s'exagère qu'elle est bonne lorsqu'elle est productive et justement, qu'elle permet de produire davantage; et le totemisme sans doute est la première forme de capitalisme, où on n'ose pas toucher à son capital, on l'économise, il est sacré. Si l'argent reste sacré à nos yeux, c'est peut-être pour des raisons qui remontent aux toutes premières cultures, justement. L'objet dont on s'occupe est ce qui risque de nous obliger à nous battre, donc... ce que nous devons considérer comme sacré et laisser à l'extérieur de nous-mêmes, ne pas le toucher. Il y a une fête du totem chaque année où on consomme le totem, et c'est tout à fait dangereux, c'est une fête, c'est précisément la rupture de tous les interdits, et le caractère sacré du totem s'affirme à ce moment-là.

Donc, on peut passer de la rivalité... —les romans, les grands romans, sont très riches en rivalité, alors que les mauvais romans sont très pauvres; les romans d'amour joyeux ne nous montrent jamais la violence entre les hommes, ou la réservent à certains individus qui sont méchants et qui sont pas mêlés à la communauté, qui sont déjà, toujours déjà, séparés, parce qu'ils sont méchants, et parce que la méchancété est une essence... —comme la bonté, d'ailleurs. Et là, d'une certaine manière, l'éxistentialisme a raison, en refusant ces formes toutes faites, qui ne considèrent jamais les rapports humains. Et ces rapports de rivalité, si les neurones miroir jouent un rôle très important chez les hommes, on comprend que la rivalité est un phénomène essentiel chez les hommes. Les neurones miroir, c'est à la fois l'intelligence, qui nous apprend à faire ce que les autres font, à imiter, nous apprennent le langage en somme, mais aussi nous rendent extrêmement fragiles sur le plan de la vie en commun, et menacent l'harmonie des communautés.

Alors, comment (n'est-ce pas) les religions naissent-elles? À mon avis, les religions naissent lorsque ce dont je parle, le type de conflit dont je parle, se généralisent à une communauté toute entière, c'est à dire, lorsque tout le monde est en bagarre. On peut voir ceci dans les mythes. Si vous regardez les mythes, ils commencent tous par une crise terrible. Par exemple, le mythe d'Œdipe commence par la peste, partout, qui fait mourir les hommes. Mais il y a beaucoup de mythes qui commencent aussi par la bagarrre, n'est-ce pas... et qui se terminent soudain lorsqu'un individu particulier est découvert comme responsable de la bagarre. Et il est tué, massacré, très évidemment, par la communauté toute entière, n'est ce pas... Et dans les mythes, cet individu devient le dieu; il reste toujours présent; il est à la fois très méchant et très bon si on suit ses prescriptions qui sont justement les règles d'évitement. Le dieu est celui qui manipule les interdits et les... —et les quoi? Quel est l'autre phénomène culturel le plus important des religions primitives et des sociétés primitives toutes entières —car à mon avis les religions et les cultures ne font qu'un? C'est les interdits d'une part, et de l'autre, c'est les sacrifices. C'est-à-dire, ces choses étranges que nous ne comprenont plus parce que nous ne les acceptons plus, elles nous paraissent épouvantables, qui sont les meurtres collectifs par une communauté entière de victimes qui sont considérées comme plus ou moins sacrées. Et la communauté se réunit autour de ces meurtres qui ont une valeur appaisante —qui ont une valeur qu'Aristote dit cathartique, purgative—parce que la tragédie n'est rien d'autre que la transformation de ces mythes en une historie où la société toute entière tue cet individu, et c'est la conclusion de la tragédie, que la fin du héros qui est divinisé, par sa mort collective et unanime. Et alors, qu'est-ce qui se passe dans ces cas-là? À mon avis, c'est très simple, n'est-ce pas... Les individus imitent leurs désirs, et lorsqu'ils imitent leurs désirs, ils se battent, et ils finissent par se battre tellement, n'est-ce pas, qu'ils se jugent, qu'ils imitent leurs adversaires; qu'au lieu de se battre toujours, d'avoir autant de couples de duellistes que nous sommes dans cette salle, ils finissent... les conflits se contaminent les uns les autres par la même imitation qui joue au niveau du désir. Et finalement, tout le monde s'entend, mimétiquement, contre un seul individu. Comment voir cela, comment comprendre cela? Si vous regardez les mythes, vous vous apercevez qu'il y a énormément de personnages mythiques, on a dit, et c'est vrai, que si on réunissait tous les héros mythiques ensemble, ce serait une véritable Cour des Miracles. Il y a des boiteux, il y a des bossus, il y a des gens qui n'ont qu'un œil comme Wotan, heu, qui peut boiter—ils sont très souvent mal foutus, les héros du mythe, on sait pas pouquoi. Mais ce n'est pas difficile à comprendre. Dans une foule, tout le monde se bagarre, il arrive un moment où il y a une tendence à sélectionner l'individu qui paraît le plus antipathique au plus grand nombre de gens, et finalement à tous, n'est-ce pas... Et cet individu, je l'appelle le bouc émissaire, parce qu'il rassemble tout le monde contre lui. Nous avons une expression, bouc émissaire, qui dit exactement ceci. Nous ne savons pas pourquoi elle le dit. Elle le dit, la réunion d'un groupe tout entier contre une victime qui n'est pas responsable, de quoi que ce soit. Nous savons que c'est ça, le bouc émissaire, c'est ce que nous appelons un bouc émissaire. Nous savons que ce phénomène se produit. Alors qu'à la vérité l'expression 'bouc émissaire' correspond à un rite judaïque très très ancient, où on choisissait un bouc qui recevait tous les péchés de la communauté sur sa tête, par l'intermédiaire du grand prêtre, qui a imposé ses mains sur lui, et qui ensuite était chassé dans la nature. Comment passer du premier sens au second? Le premier sens nous savons qu'il est vrai, nous savons que ce rite existait, et nous savons qu'il existait des rites analogues dans toutes les communautés —mais le second sens qui est le nôtre? Le sens est, disons, un tel est le bouc émissaire de sa famille. Un tel est le bouc émissaire de sa classe parce qu'il est arrivé avec un jour de retard, et depuis il est mal vu par tout le monde, sans raison véritable, n'est-ce pas... Il y a une tendance mimétique à s'unir contre une victime dans le groupe, lorsque l'entente du groupe n'est pas bonne. Il y a une tendance à se bagarrer les uns les autres, mais à partir du moment où on adopte, ou on tend à adopter un bouc émissaire, les choses commencent à aller mieux, et puis, si finalement on tue ce bouc émissaire, chacun participe à cette violence, chacun se sent soulagé de sa rancune à l'égard de tous les autres. Donc on peut très bien concevoir qu'un phénomène de bouc émissaire dans ces cas-là puisse terminer une crise sociale considérable.

Mais si vous regardez les mythes, vous verrez que c'est cela que se passe dans les mythes. Œdipe n'a jamais commis de parricide et d'inceste. Et Freud est un grand homme, mais l'affaire du complexe d'Œdipe est la chose la plus ridicule qui soit. D'abord, Freud s'imaginait que c'était le mythe d'Œdipe qui avait inventé le parricide et l'inceste—c'est pas vrai, il y en a partout, il y en a dans les sociétés primitives. Il y a des incestes seuls, des parricides seuls, mais il y a aussi des mélanges de parricide et d'inceste. Et c'est toujours le dieu qui est le coupable. Et Œdipe est une espèce de dieu. Et il est boiteux, comme je viens de vous dire. Donc il réunit des tas de caractéristiques du héros mythique, qu'on retrouve dans un autre mythe sous une autre forme, ce sera pas un boiteux, mais ce sera l'œil unique de Wotan, etc.—ce sera quelque défaut qui attire l'attention de la foule contre lui, qui le rend antipathique et inquiétant, et qui se communique mimétiquement à la foule. Pourquoi devient-il le dieu? Parce qu'il passe...—il devient un dieu archaïque parce qu'il passe à la fois pour coupable et pour celui qui sauve la communauté de sa violence. Donc c'est autour de lui que les phénomènes d'évitement de la violence vont se produire, ce dont je parlais auparavant. C'est en pensant à lui qu'on pensera à éviter la violence et qu'on se détournera d'elle.

Ce que j'essaye de vous décrire en ce moment c'est ma jeunesse des réligions archaïques. Si on regarde les mythes, ils se ressemblent tous; ils sont tous différents dans le type de supplice que subit le héros, dans le type de crime qu'on lui reproche, dans toutes sortes de détails. Mais ils sont semblables dans cette structure où la communauté entière se réunit contre un coupable et le massacre. Et après vient la réconciliation. Et après vient la divinisation de ce personnage, puisqu'il nous sauve. Mais il est un dieu très mystérieux, puisqu'il est à la fois très méchant, et tout à coup il peut devenir très bon. Donc il est le maître, vraiment, de tous les aspects de la communauté qui sont troubles et douteux, inquiétants, et autour desquels les mythes, les interdits, et finalement les rites, naissent.

Qu'est-ce qu'un rite, essentiellement? Les rites consistent à tuer une victime quelconque, déterminée, appartenant à une espèce animale, ou peut-être un homme—un prisonnier de guerre, un enfant, un ennemi, un homme du dehors—et on tue cette victime de façon très religieuse, très pénetrée de piété, parce qu'on espère qu'elle va nous réconcilier. Et cette victime est la remplaçante de quoi? Du dieu, bien entendu. Lorsqu'une communauté a un dieu et s'est réconciliée de la manière que je vous ai dit, elle est bien contente de ce qui arrive, elle se dit nous avons échappé belle, grâce à cette victime. Et c'est quand-même étrange, de se réconcilier à cause des victimes. Mais cette paix, elle ne va pas durer, elle va s'user très vite... très vite, qu'est-ce que j'en sais, ou peut-être pas très vite! Mais c'est qu'on aura peur que cela recommence—mais tôt ou tard, la rivalité mimétique, entre les jeunes gens en particulier, ou les guerriers, va recommencer. Par conséquent, cette communauté saura, devinera, qu'elle est confrontée par une nouvelle crise, terrible peut-être, qui risque de tuer pas mal de citoyens avant d'être résolue par ce meurtre unique qui réconcilie tout le monde.

Qu'est-ce qu'elle va faire? Eh bien, elle va choisir une victime, elle va essayer de refaire le phénomène de bouc émissaire qu'elle ne comprend pas, mais qu'elle imite. C'est ce qu'on appelle les sacrifices. Toutes les institutions dangereuses—les mariages, les funérailles, etc.—sont ceinturées d'un sacrifice dans les sociétés archaïques. Pourquoi? Parce que l'on sait que ce sont des occasions dangereuses pour la communauté, et on multiplie les victimes pour se débarrasser de la violence. On cherche une violence cathartique. Il n'y a pas de société sans sacrifice.

Je vois des gens qui sourient. C'est risible, en effet. Mais n'est-ce pas plus risible encore qu'au bout de millions d'annees nous ne le sachions pas, ce que les sacrifices veulent dire?

Eh bien, ma réponse, c'est que les hommes sacrifient les victimes tous ensemble, dans l'harmonie la plus pieuse qui soit, afin de chasser la violence. Donc, on refait artificiellement la mise à mort de la victime unique qui este la première chose qui se passe et qui est de la naissance du dieu. On ne se dit jamais qu'on a tué le dieu, mais on tue les victimes. Donc, une religion primitive est essentiellement le souvenir de cette révélation de la divinité, plus les interdits qui séparent des rivaux potentiels, et les sacrifices qui s'efforcent de les réconcilier. Mais s'il avait éte ainsi ce système s'use, n'est-ce pas, les sacrifices ne font pas toujours peur, ils cessent de faire peur, ils perdent leur vertu; autrement dit, il va toujours revenir une autre crise qui crééra une nouvelle religion. Que vient faire le christianisme là-dedans? Nous n'avons plus de sacrifices. Nous avonts très peu d'interdits: nous avons réduit au minimum, hein... Dans une culture primitive on peut presque n'épouser qu'une seule femme. Mais dans notre sociéte, toutes ces formes d'interdits et les sacrifices ont disparu. Pourquoi?

Ben là je crois qu'il faut regarder le drame chrétien. Et si vous regardez le drame chrétien, il est évident qu'il ressemble beaucoup plus au drame mythique qu'on ne l'a jamais dit. Puisqu'il commence par une crise, c'est la crise de ce petit état hébreu qui est menacé, et qui n'est pas menacé seulement, qui est terrorisé et qui est de plus en plus dominé, supprimé, n'est-ce pas, par la présence de l'occupant romain. Et le Christ, là, est une victime qui fonctionne de façon ou qui est supposée de fonctionner de façon sacrificielle. C'est une victime, d'une certaine manière, que les autorités du temple offrent—à Pilate et à l'establishment romain. Et la foule, chose étrange, qui a toujours été pour Jésus, qui fait que les autorités justement n'ont jamais osé le mettre en accusation et le punir, comme ils auraient fait sans doute s'ils avaient pu, parce qu'il était considéré forcément comme un agitateur. Il était un agitateur. D'un seul coup, on ne sait pas pourquoi, bien sûr, parce qui'il n'en est pas question, finalement, la foule toute entière se rassemble contre Jésus; donc Jésus est tué, et crucifié à la manière romaine. La crucifixion n'est que le meurtre collectif, n'est-ce pas, contemplé par tous, même si tous ne participent pas. C'est un meurtre collectif adouci et dominé par la puissance étatique des dieux de Rome, n'est-ce pas.

C'est pour cette raison que je suis en train de dire que l'anthropologie nous dit que le christianisme est un mythe comme les autres, qui créé un dieu à partir du même type de phénomènes. Et il est bien évident que le christianisme aurait dû accepter cette formulation. [...] Il en a eu peur. Et il a dit, "non, non, ce n'est pas du tout la même chose, ça a l'air de ressembler à ça, mais c'est pas ça du tout..." Il a tort de ne pas reconnaître que ça ne ressemble pas, aux mythes archaïques. Mais, en même temps, il y a une autre différence à laquelle personne ne pense jamais—et qui est la vraie différence du christianisme, et qui est facile à découvrir, et que pourtant on ne découvre jamais, d'une certaine façon, même si on sait très bien qu'elle est là, et si, on parle d'elle, mais on ne voit pas qu'elle fait la différence avec les mythes, qu'elle est la seule différence essentielle entre le christianisme et les mythes. Mais elle est radicale, absolument radicale, incomparable. Et c'est la différence qui est faite par le fait que le christianisme, au lieu de déduire la culpabilité de la victime—culpabilité d'Œdipe, parricide et inceste—et nous y croyons toujours, nous y croyons plus que jamais, puisque nous croyons en Freud—alors que le christianisme vous dit, innocence complète de la victime, c'est un échange mimétique, c'est un truc collectif comme il y en a partout. Le christianisme est la première religion à dire la vérité du meurtre collectif qui est au centre. Et ça change absolument tout. Ça change pas tout immédiatément, mais à mon avis ça change tout à la longue, lorsqu'on commence à comprendre la différence que fait l'innocence de la victime dans le schème dont nous parlons, qui dégrade peu à peu les mythes et les rend incroyables. Et d'une certaine façon ce procéssus se déroule constamment parmi nous, il se déroule depuis deux mille ans, et d'une certaine façon il demeure inconscient. Nous commeçons à peine à voir vraiment les rapports entre le christianisme et les mythes. Et peut-être nous sommes encore assez loin de voir cette différence colossale, qui nous apparaît pas. Qui fait que les victimes sont humaines—ou nous le voyons dans l'espèce d'hostilité que le christianisme inspire de plus en plus à l'homme moderne. C'est le christianisme qui dit notre culpabilité, à la place de la culpabilité divine. C'est donc quelque chose de tout à fait étrange.

Je pourrais continuer comme je suis en train de le faire, encore pas mal de temps, mais je ne veux pas vous embêter. Puis, enfin, voilà une heure que je parle, à peu près, non... pas tout à fait. Pas tout à fait, mais je vais vous laisser parce que je veux vous laisser sur la réflexion... sur la réflexion que va vous inspirer cette différence prodigieuse entre la culpabilité d'Œdipe et l'innocence du Christ. Cette innocence, nous savons qu'elle est vraie à partir du moment où nous comprenons ce qu'est un mythe. Le mythe, qui n'est jamais qu'une bonne blague—ou qu'une très mauvaise blague!—mais qui nous fournit un coupable, qui nous réconcilie. Nous avons tous besoin de ça. Notre existence entière se passe à chercher de faux coupables qui nous justifieront à nos propres yeux. Eh bien, le christianisme non seulement nous empêche de faire cela, mais empêche la culture humaine de le faire. Le christianisme est donc impossible à vivre. Pourquoi? Eh bien, c'est triste à dire, mais c'est parce qu'il dit la vérité—sur la tendance des hommes, surtout lorsqu'ils sont en groupes, à en faire des innocents, à les transformer, en coupables, à les imaginer coupables. [Ce qu'on appelle] le nationalisme, n'est jamais qu'une chose, c'est trouver l'autre nation coupable, et la sienne propre innocente. Mais ils ressemblent extraordinairement, il se ressemble extraordinairement partout.

Par exemple, une des choses qui m'a plus intéressé dans Clausewitz, c'est lorsque j'ai compris que sa haine pour la France, tout-puissante à l'époque, si nombreuse par sa population, et qui commençait toujours les guerres, et qui envahissait toujours l'Europe, et c'etait jamais l'Europe qui envahissait la France, comme de nos jours, n'est-ce pas... Eh bien, l'allemand de l'époque disait sur la France exactement ce que la France d'aujourd'hui dit sur l'Allemagne. Et là où c'est le plus remarquable, c'est sur le langage; parce que les Allemands disaient que le français, langue latine, est une langue dure et militaire, faite pour les commandements, les ordres abruptes, une langue sans douceur. Évidemment, ils avaient la poésie de Goethe et de Schiller pour le démontrer, qu'il en est ainsi, de même que nous avons celle de La Fontaine et de Racine pour démontrer la même chose, et la dureté de la langue allemande telle qu'elle nous apparaît à nous. Et si on prend tout le reste, on s'aperçoit que de part et d'autre, entre nations ennemies, on dit la même chose, on fabrique les mêmes mythes, on les répète tous les jours pour se rendre bien certain qu'ils sont vrais et... Mais cette chose aujourd'hui est branlante, et je pense qu'il faut contribuer à sa destruction. Et je vous laisse poser des questions.
 


René Girard (Wikipédia)



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Reality as Virtual Reality

 

Reality as Virtual Reality

See here:

Donald D. Hoffman,  "Conscious Realism and the Mind/Body Problem." Mind & Matter 6.1 (2008): 87-121.* Online PDF at Donald D. Hoffman’s website, U of California, Irvine:
    http://www.cogsci.uci.edu/~ddhoff/ConsciousRealism2.pdf
    2015

This paper is a good formulation of the principle of "reality as virtual reality", i.e. that reality is relative to the perceiving mechanisms of the organism, and this does not have a one-to-one or indeed any simplistic relationship to "the world out there". Hoffman likens our world to a computer interface, allowing us to operate in an efficient way a reality which is more complex than we want or need to know.

Many aspects of this theory could be formulated in terms of symbolic interactionism, and is foreshadowed in G. H. Mead’s ecological theory of perception, according to which it is the interaction between an organism and its surroundings that creates an environment, and therefore a world to be perceived, for the organism in question. This definition of environment is explained in some detail in Mead’s book Mind, Self, and Society. Mead is a major authority for this view from a perspective that Hoffman seems to be unaware of. See Mead’s complex notion of perception, and of the origin of the qualities and physical properties of things, in his essay "The Physical Thing", in The Philosophy of the Present. (My annotated Spanish translation, here, "La cosa física").

Some days ago I wrote on the kinship between Mead’s approach (and Hoffman’s too) and a founding text of materialism and empiricism: Thomas Hobbes Leviathan, which begins with a theory of perception which is interactional and projective in nature. Hobbes, a champion of materialism, may seem an unlikely candidate to put forth the Matrix-like notion that the world we inhabit and perceive is virtual, semiotic, informational and and psychic in nature, but there it is.  Berkeley’s immaterialism provides perhaps the most spectacular offshoot from the premises of empiricism in this respect. Indeed, one should refer to his theory of perception or to his spiritualist theory of reality as a whole when discussing the issues posed by Hoffman’s theory of a reality made up of "multimodal user interfaces". Hoffman does away too lightly with the connections between his argument and classical idealism; it would be more fruitful to address them than to ignore or dismiss them. As it stands, his claim that objects or phenomena in the world exist only as long as they are experienced takes us back (with a productive difference, but also with a vengeance) to Berkeley’s esse est percipi. 

Elsewhere I have spoken of the "augmented reality" theory of perception, or of the "projective" theory of perception, likening our relationship of the world (to put it bluntly) more to a film projector than to a camera. Hoffman likewise criticizes the "camera" theory of perception, under the name of the "Hypothesis of Faithful Depiction" or perception. In another of his papers ("The Construction of Visual Reality") he puts in a more succint way the basic evolutionary grounding of this notion: truth as such need not be a useful evolutionary asset: usefulness is more useful than truth. As such, this has an intuitive plausibility, given that surely nothing can be more useful than usefulness.

But this raises some issues as to whose truth and whose usefulness we are speaking of, and these are not much addressed by Hoffman.  From the standpoint of a theory of topsight, we can bring out the hidden observer in the theory. Because there is a hidden term in Hoffman’s equation: otherwise usefulness and truth would be indistinguishable. Truth is the analyst’s truth, the scientist’s truth, or human truth, the truth of the bearer of topsight, as contrasted with a more limited subject’s notion of truth. And that truth, true truth, not a merely locally usable truth, is the most useful, indeed, in its own context and for its own purposes, those of theoretical explanation in the context of a scientific or philosophical analysis of perception. The analyst is taking into account the possibility of many different perceptual systems, priorities, or analytical projects, and this leads to the distinction between truth and usefulness. Seen this way, truth is analytic usefulness.

Follow the links for further reflections on related subjects. All subjects are related to the subject of the stuff of reality (i.e. such stuff as dreams are made on).


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Here is a list of my Spanish papers on the subject of reality as virtual or augmented reality:prismaticos espia

García Landa, José Angel. "La caverna del cerebro: El lenguaje como realidad virtual." In García Landa, Vanity Fea 31 Aug. 2009.* (Kenneally, origin of language, Terrence Deacon, Julian Jaynes).
    http://vanityfea.blogspot.com/2009/08/la-caverna-del-cerebro-y-el-lenguaje.html
    2009
_____. "La Caverna del cerebro: El lenguaje como realidad virtual." Ibercampus 3 Sept. 2009.*
    http://www.ibercampus.es/articulos.asp?idarticulo=14465
    2009
_____. "La Caverna del cerebro: El lenguaje como realidad virtual." In García Landa, Vanity Fea 18 March 2015.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2015/03/la-caverna-del-cerebro-el-lenguaje-como.html
    2015
_____. "Interacciones en la interfaz digital/real." In García Landa, Vanity Fea 17 Nov. 2009.* (Pranav Mistry, SixthSense).
    http://vanityfea.blogspot.com/2009/11/interacciones-en-la-interfaz.html
    2009
_____. "La vida es sólo fantasía." In García Landa, Vanity Fea  28 April 2011.* (Zambrano, Sánchez Vidal, Ana María Matute, self-making, virtual reality).
    http://vanityfea.blogspot.com/2011/04/la-vida-es-solo-fantasia.html
    2011
_____. "Viendo el mundo con la mente." In García Landa, Vanity Fea 25 June 2011.*
    http://vanityfea.blogspot.com/2011/06/viendo-el-mundo-con-la-mente.html
    2011
_____. "Realidad de mentira." In García Landa, Vanity Fea 6 July 2011.* (García Calvo).
    http://vanityfea.blogspot.com/2011/07/realidad-de-mentira.html
    2011
_____. "Reading as Virtual Reality." In García Landa, Vanity Fea 5 June 2012.* (Polybius, Gottschall).
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2012/06/reading-as-virtual-reality.html
    2012
_____. "Construcción del espacio-tiempo humano." In García Landa, Vanity Fea 19 Jan. 2011.*
    http://vanityfea.blogspot.com/2011/01/construccion-del-espacio-tiempo-humano.html
    2011
_____. "Cárceles y mundos de la mente." In García Landa, Vanity Fea 28 Aug. 2013.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2013/08/carceles-y-mundos-de-la-mente.html
    2013
_____. "El Gran Juego." In García Landa, Vanity Fea 2 Feb. 2014.* (Arsuaga and Martín-Loeches).
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/02/el-gran-juego.html
    2014
_____. "Mover cosas con la mente." In García Landa, Vanity Fea 6 April 2014.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/04/mover-cosas-con-la-mente.html
    2014
_____. "Gustavo Bueno, ’Estroma’." In García Landa, Vanity Fea 25 May 2014.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/05/gustavo-bueno-estroma.html
    2014
_____. "Estromas, marcos, y virtualidad de lo real." Ibercampus (Vanity Fea) 25 May 2014.*
    http://www.ibercampus.es/estromas-marcos-y-virtualidad-de-lo-real-27671.htm
    2014
_____. "Terror metafísico y otros problemas con la realidad." In García Landa, Vanity Fea 25 July 2014.* (Berger & Luckmann).
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/07/terrores-metafisicos-y-otros-problemas.html
    2014
_____. "Interaction as Reality-Maintenance." In García Landa, Vanity Fea 28 July 2014.* (Berger & Luckmann).
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/07/interaction-as-reality-maintenance.html
    2014
_____. "Interaction as Reality-Maintenance." Ibercampus (Vanity Fea) 29 July 2014.*
    http://www.ibercampus.eu/interaction-as-realitymaintenance-2140.htm
    2014
_____. "Montaigne y la construcción social de la realidad." In García Landa, Vanity Fea 12 Aug. 2014.* (Berger & Luckmann).
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/08/montaigne-y-la-construccion-social-de.html
    2014
_____. "Montaigne y la construcción social de la realidad." Ibercampus (Vanity Fea) 12 Aug. 2014.*
    http://www.ibercampus.info/montaigne-y-la-construccion-social-de-la-realidad-28310.htm
    2014
_____. "Leave Not a Rack Behind." In García Landa, Vanity Fea 8 Oct. 2014.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/10/leave-not-rack-behind.html
    2014
_____. "On shared universes." In García Landa, Vanity Fea 19 Dec. 2014.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2014/12/on-shared-universes.html
    2014
_____. "La autointeracción, la realimentación cerebral, y la realidad como expectativa autocumplida." In García Landa, Vanity Fea 16 April 2015.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2015/04/la-autointeraccion-y-la-realidad-como.html
    2015
_____. "Bucles en la mente: Autointeracción, retroalimentación cerebral, y la realidad como expectativa autocumplida." Ibercampus 20 April 2015.*
    http://www.ibercampus.es/autointeraccion-retroalimentacion-cerebral-y-realidad-como-expectativa-autocumplida-30096.htm
    2015
_____. "Bucles en la mente: Autointeracción, retroalimentación cerebral, y la realidad como expectativa autocumplida." Social Science Research Network 10 May 2015.*
    http://papers.ssrn.com/abstract=2604277
    2015
    Psychological Anthropology eJournal 10 May 2015.*
    http://papers.ssrn.com/abstract=2604277
    2015
    Biological Anthropology eJournal 10 May 2015.*
    http://www.ssrn.com/link/Biological-Anthropology.html
    2015
    Human Cognition in Evolution and Development 10 May 2015.*
    http://www.ssrn.com/link/Human-Cognition-Evolution-Development.html
    2015
    Metaphysics eJournal 10 May 2015.*
    http://www.ssrn.com/link/Metaphysics.html
    2015
_____. "La proyección mental de la realidad." In García Landa, Vanity Fea 21 March 2015.*
    http://vanityfea.blogspot.com.es/2015/03/mas-favor-de-mi-teoria-de-la-proyeccion.html
    2015
_____. "’Lo mismo despiertos, que soñando’: Hobbes sobre la virtualidad de lo real." Ibercampus (Vanity Fea) 12 Aug. 2015.*
    http://www.ibercampus.es/lo-mismo-despiertos-que-sonando-hobbes-sobre-la-virtualidad-de-lo-30985.htm
    2015



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"Lo mismo despiertos, que soñando": Hobbes sobre la virtualidad de lo real

"Lo mismo despiertos, que soñando": Hobbes sobre la virtualidad de lo real

Relacionamos la teoría del conocimiento de Thomas Hobbes, y su psicología, con perspectivas modernas que enfatizan la construcción mental del mundo real, procedentes tanto del campo del interaccionismo simbólico (G. H. Mead) como del cognitivismo evolucionista y ecológico (D. D. Hoffman). Señalamos una línea que conecta el construccionismo contemporáneo con el empirismo clásico, a partir de la psicología materialista de Hobbes, que propone derivar los fenómenos mentales de lo sensorial y material, y ofrece así un modelo de integración consiliente de las ciencias humanas y de las ciencias naturales.

'Lo mismo despiertos, que soñando': Hobbes sobre la virtualidad de lo real 

 

'The Same Waking, that Dreaming': Hobbes on the Virtuality of the Real



English Abstract: The epistemology of Thomas Hobbes, and his psychology, are here related to modern perspectives which emphasize the mental construction of reality, perspectives coming both from the field of symbolic interactionism (G. H. Mead) and from evolutionary and ecological cognitivism (D. D. Hoffman). A connecting thread is traced from classical empiricism to contemporary constructivism, starting with Hobbes's materialist psychology, which in its aim to derive mental phenomena from sensory and material bases, offers a model for a consilient integration of the humanities and the natural sciences.
 

Number of Pages in PDF File: 7
Keywords: Consilience, Cognition, Epistemology, Objects, G. H. Mead, Thomas Hobbes, Ecology, D. D. Hoffman



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Empieza fuerte e impresionante el Leviathan de Hobbes, tanto que voy a traducir aquí ese comienzo, el capítulo I, "Of Sense", de la parte primera "Of Man"—para dejarme más fuerte impresión de él. Trata aquí de la percepción, desde un punto de vista empirista y materialista, pero no simplista. Obsérvese de manera notable cómo define Hobbes la realidad como una realidad constituida por la actividad mental del organismo en su actividad hacia el exterior—muy a la manera en que lo harán psicólogos materialistas como George Herbert Mead siglos después. (Ver el ensayo de Mead "La cosa física" a este respecto). Esta tesis es a lo que me refiero con la Virtualidad de lo Real en Hobbes. Sigan los pasos del razonamiento en el que define qué es la percepción, que vale la pena.

DEL HOMBRE

Cap. I
Del SENTIDO

En lo referente a los pensamientos del hombre, los trataré primero Aisladamente, y después en Secuencia o dependencia unos de otros. Aisladamente, cada uno de ellos es una Representación o Apariencia, de alguna cualidad, u otro accidente de un cuerpo externo a nosotros, lo que comúnmente se llama un Objeto. Objeto que afecta a los ojos, oídos y otras partes del cuerpo del hombre, y por diversas maneras de afectar, produce una diversidad de Apariencias.

La Original es la que llamamos el SENTIDO; (pues no hay concepción en la mente humana que no haya sido antes engendrada, totalmente o por partes, en los órganos del Sentido.) Las demás derivan de ese original.

El conocer las causas naturales del sentido no es muy necesario para el asunto que ahora tenemos entre manos; y en otros sitios he escrito sobre ello por extenso. Sin embargo, para rellenar cada parte de mi método actual, pondré brevemente lo mismo aquí.

La causa del Sentido, es el Cuerpo Externo, u Objeto, que presiona al órgano propio de cada sentido, ya sea inmediatamente, como en el Gusto y el Tacto; o mediatamente, como en la Vista, el Oído, y el Olfato: presión que, por mediación  de los Nervios, y otros hilos, y membranas del cuerpo, continuada hacia dentro al Cerebro y al Corazón, causa allí una resistencia, o contra-presión, o empeño del corazón, por liberarse: este empeño, al ir dirigido hacia Afuera, da la impresión de ser algo exterior. Y este parecer, o fantasía, es lo que los hombres llaman Sentido [o percepción sensible]; y consiste, en lo referente al ojo, en una Luz, o Color, figurado [imaginado, representado]; Al Oído, en un Sonido, Al agujero de la Nariz, en un Olor, A la Lengua y Paladar, en un Sabor; Y al resto del cuerpo, en Calor, Frío, Dureza, Suavidad, y otras cualidades tales que distinguimos por el Tacto. Todas estas cualidades llamadas Sensibles, están en el objeto que las causa, pero están en tanto que diversos movimientos de la materia, mediante los cuales presiona de modo diverso nuestros órganos. Ni tampoco en nosotros que somos presionados son otra cosa que movimientos diversos; (puesto que el movimiento no produce sino movimiento). Pero su apariencia para nosotros es Fantasía, lo mismo despiertos, que soñando. Y al igual que oprimir, frotar, o golpear el ojo, nos hace imaginar que vemos una luz; y apretar el oído, produce un estrépito; del mismo modo también los cuerpos que vemos, o que oímos, producen lo mismo por su acción fuerte, aunque invisible. Puesto que si esos Colores, y Sonidos, estuviesen en los Cuerpos, u Objetos que los causan, no podrían ser separados de ellos, como vemos que lo son con espejos, y en los Ecos, por reflejo; donde sabemos que la cosa que vemos está en un sitio; y la apariencia en otro. Y aunque a cierta distancia, el objeto real mismo parece investido con la fantasía que engendra en nosotros; Sin embargo el objeto sigue siendo una cosa, y la imagen o fantasía es otra. De modo que el Sentido en todos los casos, no es otra cosa que fantasía original, causada (como he dicho) por la presión, es decir, por el movimiento, de las cosas externas sobre nuestros Ojos, Oídos, y otros órganos ordenados hacia eso.
 
Pero la Filosofía de escuela, por todas las Universidades de la Cristiandad, fundada sobre ciertos Textos de Aristóteles, enseñan otra doctrina; y dicen, En cuanto a la causa de la Visión, que la cosa vista, envía fuera por todas partes una especie visible (o en inglés) una imagen visible, aparición, o aspecto, o un ser vista; cuya recepción en el Ojo, es Ver. Y en cuanto a la causa del Oír, que la cosa emite una Especie audible, es decir, un Aspecto audible, o un Ser visto audible; que entrando por el Oído, hace Oír. Es más, en cuanto a la causa del Entendimiento también, dicen que la cosa Entendida emite especies inteligibles, es decir un ser visto inteligible; que al llegar al Entendimiento, nos hace Entender. No digo esto por desaprobar el uso de las Universidades; sino porque como he de hablar más adelante de su función en una Comunidad política, he de haceros ver en todas las ocasiones al paso, qué cosas habrían de enmendarse en ellas; entre las cuales una es la frecuencia de Palabras sin sentido.
 


Lo mismo despiertos, que soñando, lo que vemos no es lo que hay "allí fuera", sino una reacción generada por nuestra mente, un mundo estructurado no meramente por lo que el mundo es en sí, sino por lo que somos nosotros en nuestra interacción con él, y por cómo reaccionamos a él, y por nuestra capacidad de acción en él.

En el ensayo de Mead sobre "La cosa física" puede verse una reinterpretación de la "esencia" de un objeto físico, o más bien, en la tradición empirista Lockeana, de sus "cualidades primarias", que pasan aquí a ser también secundarias, referidas al organismo-sujeto y a su capacidad de acción sobre el objeto. La materia, tal como la reinterpreta Mead, es un tipo de respuesta dada por el organismo al entorno, respuesta siempre mediatizada por sus capaciades de acción en ese entorno, y por la inhibición de sus propios impulsos de acción o "actitudes" bloqueadas. Podríamos ver este análisis de Mead, en clave desconstruccionista, como una redefinición paradójica de lo "subjetivo" y lo "objetivo", o de la "voluntad" y el "mundo", buscando a ambos una base común en la experiencia de autorregulación del sistema nervioso del organismo en su respuesta tanto a sí mismo y su propia actividad como a impulsos sensoriales más directos; el objeto y la actitud subjetiva hacia él, por no hablar del propio sujeto o su autoconcepto, son así fenómenos emergentes a partir de un nivel de acontecimientos que deben ser descritos a un nivel de análisis diferente. Observemos que la teoría de la percepción de Mead es perfectamente consistente con otras teorías ecológicas de la percepción y de la constitución mental de objetos como la del umwelt relativista de las diferentes especies propuesta por la biosemiótica de von Uexküll, o la más reciente de Donald D. Hoffman referida a la construcción del mundo visual como una interfaz. Véase a este respecto "La teoría de la interface de la percepción" en La Nueva Ilustración Evolucionista;  "The Interface Theory of Perception", y "The Construction of Visual Reality", de Donald D. Hoffman. Estas teorías cognitivistas extraen las consecuencias ecológicas y cognitivas de un principio central en la biosemiótica y en el cognitivismo ecológico (Mead, Uexküll): a saber, que la percepción constituye un entorno de realidad (semiótica) relativo al organismo y el ambiente en el que se desenvuelve, y que no puede confundirse esta realidad relacional con una supuesta realidad "en bruto". De hecho, las bases de esta "virtualización" de lo real se hallan ya en la teoría empirista de la percepción. Es famoso el caso del inmaterialismo de Berkeley, una especie de fenomenología avant la lettre, propuesto por un autor que ya en su Ensayo sobre una teoría de la visión definió los objetos físicos como una construcción mental a partir de la combinación diversos datos sensoriales.  Yendo más atrás, podemos ver en el principio cognitivista sentado por Hobbes un precedente de estos planteamientos, y más en concreto de la definición del objeto físico realizada por Mead, remitiéndolo a la reacción proyectiva del organismo en su respuesta integrada a los impulsos sensoriales. El objeto que estimula el sentido es una cosa, nos dice Hobbes, y la fantasía de ese objeto producida por la mente es otra. Es un análisis materialista de la realidad que es a la vez inmaterialista, y por ello más sutil y con más potencial que el materialismo vulgar propuesto por Lenin en Materialismo y Empiriocriticismo, que pretende eliminar de un plumazo el problema de la construcción mental de la realidad percibida.

Con el mismo impulso de pura inteligencia y de crítica empirista al escolasticismo, y al materialismo simplista, empieza el capítulo 2 de Leviathan, "Of Imagination"—no hablando exactamente de la imaginación, sino con una refutación de la física aristotélica, y formulando el principio de la inercia con toda claridad y rotundidad:

Cap. II

De la IMAGINACIÓN

El que cuando una cosa está quieta, a menos que alguna otra cosa la agite, seguirá quieta para siempre, es una verdad de la cual nadie duda. Pero que cuando una cosa está en movimiento, estará en movimiento eternamente, a menos que alguna otra cosa la pare, aunque la razón sea la misma (a saber, que ninguna cosa puede cambiarse a sí misma,) no es algo a lo que se asienta con tanta facilidad. Porque los hombres miden, no sólo a los otros hombres, sino a todas las otras cosas, por sí mismos: y como se encuentran a sí mismos sujetos tras el movimiento a esfuerzo, y cansancio, piensan que cualquier otra cosa se cansa con el movimiento, y busca reposo por sí misma; parándose poco a considerar si no será en algún otro movimiento, en lo que consiste ese deseo de descanso que encuentran en sí mismos. De aquí viene que los Escolásticos dicen, que los Cuerpos pesados caen hacia abajo, debido a un apetito de reposo, y por conservar su naturaleza en el lugar que les es más propio; ascribiendo apetito, y Conocimiento de lo que es bueno para su conservación, (cosa que es más de lo que tiene el hombre) a cosas inanimadas de manera absurda.

Una vez un Cuerpo está en movimiento, se mueve (a menos que alguna otra cosa se lo impida) eternamente; y sea lo que sea que se lo impida, no puede extinguirlo en un momento, sino con el tiempo, y gradualmente: Y del mismo modo que vemos en el agua, que aunque cese el viento, las olas no dejan de agitarse durante mucho rato después; de la misma manera sucede también en ese movimiento, que se hace en las partes internas de un hombre, entonces, cuando Ve, Sueña, etc. Puesto que después de apartar el objeto, o de cerrar el ojo, aún retenemos una imagen de la cosa vista, aunque más oscura que cuando la vemos. Y esto es lo que los Latinos llaman Imaginación, por la imagen hecha al ver; y aplican la misma [palabra], aunque de modo impropio, a todos los otros sentidos. Pero los griegos lo llaman Fantasía: que significa apariencia, y es tan propia para un sentido, como para otro. La IMAGINACIÓN no es por tanto sino sentido en decadencia; y se encuentra en los hombres, y en muchas otras Criaturas vivas, tanto durmiendo, como despiertos.


Hay que subrayar que esta formulación del principio de la inercia aparece en Hobbes bastantes años antes de la obra de Newton, a quien se le suele atribuir bajo el nombre de "Primera Ley de Newton"—aunque hay otros candidatos para esa formulación del principio de la inercia, como Galileo, y como se ve aquí, el mismo Hobbes. Lástima que a continuación aplique Hobbes este principio a una explicación demasiado mecanicista de la imaginación como un resto inercial de la percepción. Pero incluso en esta idea se apunta la voluntad de una explicación materialista de la conciencia, que es más moderna y osada en su planteamiento que la radical separación cartesiana entre materia y espíritu.

En esta voluntad de integración de lo material y lo espiritual, así como en el proyecto que anima el conjunto de la obra de Hobbes, pasando de la fisiología y la historia natural a la psicología, a la moral y a la política, es donde se echa de ver la profundidad filosófica de su pensamiento, y a la vez su modernidad. En Hobbes encontramos un pensador de los fenómenos humanos como fenómenos naturales, en su propio ámbito, y por tanto un gran precursor y pensador de la consiliencia entre los diversos tipos de explicaciones que damos a los fenómenos naturales y a los fenómenos humanos. No pueden sino converger en él ciencias naturales y ciencias morales, siendo el hombre producto no (sin más) de Dios, sino de la Naturaleza, "ese arte mediante el cual Dios ha creado y gobierna el mundo", como nos dice en la Introducción al Leviathan. Donde algunos todavía ven intencionalismo teológico, podemos ver más bien—viéndolo en su contexto—una voluntad de explicación de los fenómenos humanos que sea íntegramente naturalista. La integración de materialismo e idealismo que vemos en su teoría de la percepción es un buen ejemplo de esta voluntad de síntesis y de este naturalismo aplicado a los fenómenos de la mente.


LEVIATHAN BY THOMAS HOBBES








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"Lo mismo despiertos, que soñando": Hobbes sobre la virtualidad de lo real (Ibercampus)




The Introduction to the LEVIATHAN

The Introduction to the LEVIATHAN

 

 leviathan

 

 The Introduction to LEVIATHAN


Nature (the Art whereby God hath made and governes the World) is by the Art of man, as in many other things, so in this also imitated, that it can make an Artificial Animal. For seeing life is but a motion of Limbs, the beginning whereof is in some principall part within; why may we not say, that all Automata (Engines that move themselves by springs and wheeles as doth a watch) have an artificiall life? For what is the Heart, but a Spring; and the Nerves, but so many Strings; and the Joynts, but so many Wheeles, giving motion to the whole Body, such as was intended by the Artificer? Art goes yet further, imitating that Rationall and most excellent worke of Nature, Man. For by Art is created that great LEVIATHAN   called a COMMON-WEALTH, or STATE, in latine CIVITAS) which is but an Artificiall Man; though of greater stature and strength than the Naturall, for whose protection and defence it was intended; and in which, the Soveraignty is an Artificiall Soul, as giving life and motion to the whole body; the Magistrates, and other Officers of Judicature and Execution, artificiall Joynts; Reward and Punishment (by which fsastned to the seate of the Soveraignty, every joynt and member is moved to performe his duty) are the Nerves, that do the same in the Body Naturall; The Wealth and Riches of all the particular members, are the Strength; Salus Populi (the peoples safety) its Businesse; Counsellors, by whom all things needfull for it to know, are suggested unto it, are the Memory; Equity and Lawes, an artificiall Reason and Will; Concord, Health; Sedition, Sicknesse; and Civill war, Death. Lastly, the Pacts and Covenants, by which the parts of this Body Politique were at first made, set together, and united, resemble that Fiat, or the Let us make man, pronounced by God in the Creation.

To describe the Nature of this Artificiall man, I will consider

First, the Matter thereof, and the Artificer; both of which is Man.
Secondly, How, and by what Covenants it is made; what are the Rights and just Power or Authority of a Soveraigne; and what it is that preserverth and dissolveth it.
Thirdly, what is a Christian Common-wealth.
Lastly, what is the Kingdome of Darkness.

Concerning the first, there is a saying much usurped of late, That Wisedome is acquired, not by reading of Books, but of Men. Consequently whereunto, those persons, that for the most part can give no proof of being wise, take great delight to shew what they think they have read in men, by uncharitable censures of one another behind their backs. But there is another saying not of late understood, by which they might learn truly to read one another, if they would take the pains; and that is, Nosce teipsum, Read thy self: which was not meant, as it is now used, to countenance, either the barbarous state of men in power, towards their inferiors; or to enourage men of low degree, to a sawcie behaviour towards their betters; But to teach us, that for the similitude of the thoughts, and Passions of one man, to the thoughts, and passions of another, what he doth, when he does think, opine, reason, hope, feare, &c, and upon what grounds; he shall thereby read and know, what are the thoughts, and Pasions of all other men, upon the like occasions. I say the similitude of Passions, which are the same in all men, desire, feare, hope, &c.; not the similitude of the objects of the Passions, which are the things desired, feared, hoped, &c.: for these the constitution indivividuall, and particula education do so vary, and they are so easie to be kept from our knowledge, that the characters of mans heart, blotted and confounded as they are, with dissembling, lying, counterfeiting, and erroneous doctrines, are legible only to him that searcheth hearts. And though by mens actions wee do discover their designe sometimes; yet to do it without comparing them with our own, and distinguishing all circumstances, by which the case may come to be altered, is to decypher without a key, and be for the most part deceived, by too much trust, or by too much diffidence; as he that reads, is himself a good or evil man.

But let one man read another by his actions never so perfectly, it serves him only with his acquaintance, which are but few. He that is to govern a whole Nation, must read in himself, not this, or that particular man; but Man-kind; which though it be hard to do, harder than to learn any Language, or Science; yet, when I shall have set down my own reading orderly, and perspicuously, the pains left another, will be onely to consider, if he also find not the same in himself. For this kind of Doctrine, admitteth no other Demonstration.



Thomas Hobbes: Leviathan Or the Matter, Form, and Power of A Commonwealth Ecclesiastical and Civil. London: Printed for Andrew Crooke, 1651; (Third version of The Elements of Law… ; Introduction; Part I, Of Man; Part II, Of Common-wealth; Part III, Of a Christian Common-wealth; Part IV, Of the Kingdome of Darknesse; Review and Conclusion). 
 





Hobbes (In Our Time) 




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G. H. Mead - LA COSA FÍSICA

La cosa física

GEORGE HERBERT MEAD
Traduzco aquí el artículo de George Herbert Mead "The Physical Thing", el segundo de los ensayos suplementarios que aparecieron en su libro póstumo La Filosofía del presente (1932). En español apareció otra traducción en la edición de La Filosofía del Presentetraducida y comentada por Ignacio Sánchez de la Yncera, en la serie "Clásicos del Pensamiento Social" (Madrid: BOE / CIS, 2008). Las notas en números árabes traducen las de la edición original; las de números romanos son comentarios míos.


La cosa física (1)


A.  Es evidente que una definición de la cosa física en términos de la experiencia manipulatoria y a distancia ha de aplicarse también al organismo considerado como cosa física. El organismo se ve y se siente. Suplementamos lo que llega a través de la visión directa con lo que obtenemos a través de espejos y de imágenes visuales, y nuestras manos entran en contacto con prácticamente toda la superficie de nuestros cuerpos. Las experiencias cinestésicas y viscerales pueden localizarse en el interior de nuestros organismos sólo cuando estos organismos han alcanzado exteriores. Si usamos las presiones mutuas de las superficies de nuestro cuerpo en la experiencia de cuerpos que actúan sobre nosotros, esto tiene lugar únicamente en la medida en que el cuerpo y otros objetos se han organizado en un campo común de objetos físicos. Sin duda las superficies en contacto y las experiencias orgánicas limitadas por estas superficies son, en la experiencia del infante, las experiencias a partir de las cuales surgen los exteriores y los interiores de las cosas. Sin embargo, el niño puede delimitar sus superficies corporales sólo mediante cosas que no sean su cuerpo, y alcanza las superficies enteras de cosas que no son su cuerpo antes de llegar a su propio organismo en tanto que cosa que tiene límites. Genéticamente, el infante avanza desde la periferia en dirección a su cuerpo. Si usa las presiones del organismo a la hora de ponerles interiores a las cosas, el cuerpo debe haberse definido antes mediante su contacto con cosas que tienen límites. Es importante reconocer que en la experiencia esto continúa siendo la relación entre las cosas físicas y el cuerpo como cosa física, y entre cosas físicas diferentes del cuerpo. Llegamos mediante análisis a los interiores de las cosas sólo alcanzando nuevos exteriores que son efectiva o imaginativamente las condiciones de esa experiencia de presión que aparece como el interior ya sea del cuerpo o de otras cosas físicas.

Los conjuntos de cosas físicas, pues, vienen definidos por sus límites, y entre esas cosas el organismo corporal recibe su definición de la misma manera. Si por ejemplo contemplamos los colores y la sensación táctil de las cosas como algo que depende de procesos fisiológicos internos al organismo, sigue el argumento basándose en la suposición de las cosas físicas definibles, incluyendo al organismo como algo que está allí. En la experiencia no se ascribe una prioridad de realidad al organismo corporal. Si es concebible que la mano pasase a través de la mesa que se ve, es igualmente concebible que la mano pudiera pasar a través de la pierna que se ve. Estas cosas físicas son todas experiencias a distancia. Es decir, se hallan ubicadas en un espacio, y para estar ubicadas así van ordenadas a partir del centro O de un sistema de coordenadas. Las formas en las que aparecen son perspectivas ópticas, y la percepción las realiza en términos de la experiencia del área manipulatoria, en la que se ven sometidas a la prueba del contacto para su realidad perceptual; pero siguen siendo objetos visuales en esa área. En el seno de esta área manipulatoria desaparecen las distorsiones de las perspectivas ópticas. Las cosas adquiren tamaños estándar. Que tengan tamaños estándar quiere decir que el centro O puede hallarse en cualquier punto en el que las cosas tuvieran los valores espaciales que se encuentran en esta área manipulatoria. El postulado fundamental de la física newtoniana de que cualquier conjunto de coordenadas cartesianas puede tomarse como base para la ordenación y medición de las cosas y de sus movimientos está implicado en nuestro mundo perceptual. El pensamiento conceptual ha formulado de manera lógica la actitud de la experiencia perceptual. Surge entonces la pregunta de cuál es la naturaleza de esa actitud mediante la cual la percepción varía indiferentemente de un centro O a otro.

En la percepción inmediata las estimulaciones a distancia son adeecuadas para estimular el acercamiento o la retirada, y contactos y consumaciones consiguientes. Que la percepción presente a los objetos distantes teniendo los valores físicos del área manipulatoria no es algo que tenga que ver con el éxito en el comportamiento de un organismo percibiente. Decir que la imagen memorística de la estimulación a distancia tal como apareció en una área manipulatoria se fusiona con la estimulación a distancia es encubrir un proceso con un vocablo. Puede fusionarse de esta manera porque la estimulación a distancia ya es una cosa física. En el seno del área manipulatoria el objeto actúa sobre el organismo percibiente, y la acción en la experiencia perceptual significa la presión de su volumen en el organismo. Hay una infinidad de otras características de su acción, su temperatura, su olor, y demás, pero éstas son todas características suyas en tanto que cosa con volumen, y esta naturaleza interna de la cosa física nunca la alcanzamos subdividiendo sus límites visuales. Aparece en la cosa física una corriente que originariamente pertenece al organismo, la de la presión, lo que Whitehead ha llamado "el empuje" de las cosas, y la cuestión es cómo llega a estar en la cosa. Los límites a distancia visuales y los tácticles de contacto están allí en la experiencia inmediata. No estoy examinando la cuestión metafísica de cómo llegamos desde una experiencia interna a un mundo exterior a nosotros, sino cómo los objetos distantes y con límites reciben el interior de objetos perceptuales—interiores nunca revelados mediante la subdivisión. La propuesta que ya he hecho es que las presiones de las superficies corporales unas contra otras, sobre todo la de una mano contra otra, son transferidas al objeto, y la cuestión que planteo es cómo tiene lugar esta transferencia.

La única respuesta que puedo darle a la pregunta es que el organismo al agarrar y empujar cosas está identificando su propio esfuerzo con la experiencia de contacto de la cosa. Aumenta esa experiencia con sus propios esfuerzos. Coger un objeto duro es estimularse a uno mismo a realizar ese esfuerzo interno. Uno invoca en sí mismo una acción que viene también del interior de la cosa. Viene del interior de la cosa porque esa experiencia aumenta mediante la acción de los cuerpos sobre los organismos y sobre otras cosas del mundo perceptual. El objeto del organismo invoca en el organismo la acción del objeto sobre el organismo, y adquiere así esa naturaleza interna de presión que constituye el interior de la cosa física. La cosa adquiere semejante interior sólo en la medida en que el organismo adopta de este modo la actitud de la cosa. La fórmula de este proceso es que la cosa estimula al organismo a actuar como la cosa actúa sobre el organismo, y que la acción de la cosa es la resistencia del organismo a la presión tal como surge cuando un objeto duro se agarra firmemente con la mano (i). La resistencia del objeto es continua con el esfuerzo de la mano. En el desarrollo del infante, esta experiencia ha ser previa a la de su propio organismo físico como un todo. El infante debe estar situando este esfuerzo de su interior de las cosas antes de estar en posición de identificar el esfuerzo como suyo propio. Lo que le rodea se extiende más allá por todos lados, y formas de colores llegan a localizarse y a volverse familiares en un mundo en el seno del cual su cuerpo por fin llega a ocupar un lugar definido. Entretanto, la presión de su cuerpo y el agarrar de sus manos han de localizar cosas a partir de una actitud interior, y por fin llega a sí mismo como cosa a través de la acción de otras cosas sobre él. La materia es el nombre que le damos a esta naturaleza de las cosas, y su característica es que es idéntica con la respuesta que invoca. El peso como presión, o la inercia como resistencia al cambio de reposo o de movimiento, son idénticos al esfuerzo mediante el peso se sostiene o se imprime movimiento al cuerpo o se le detiene. El cuerpo tiene en abundancia otros caracteres que son inherentes a la materia, pero ninguna de estas otras tiene esta característica. El color, el sonido, el sabor y el olor no pueden identificarse con las respuestas que inducen, ya sea en los organismos o en otros objetos; mientras que el contenido experiencial interno de la materia es idéntico con las respuestas que invoca en las cosas. Fue un logro llamativo de la ciencia del Renacimiento el aislar esta cualidad de la materia en tanto que inercia. Newton pudo referirse a ella ya sea como cantidad de materia o como la propiedad de la materia mediante la cual continúa en su estado de reposo o de movimiento a menos que actúe sobre ella una fuerza externa. La inercia y la fuerza pudieron entonces verse como equivalentes. En las ecuaciones de la mecánica newtoniana la masa se define en términos de fuerza y la fuerza se define en términos de masa. Aquí Newton reflejaba una actitud fundamental de la experiencia hacia las cosas.

Estamos en situación ahora, me parece, de contestar la pregunta que antes hemos planteado: ¿cómo llegamos a atribuirle a la cosa a distancia los valores físicos del área de manipulación? Otra manera de verbalizar la pregunta sería, ¿cuál es el trasfondo experiencial de la homogeneidad del espacio? En primer lugar, la continuidad de la experiencia del esfuerzo y la materia de la cosa física proporcionan a las cosas una naturaleza interna común que se reconoce cada vez que la experiencia a distancia se ve completada en sus implicaciones de contacto. En segundo lugar, la naturaleza interna está allí sólo en tanto que evoca la respuesta del esfuerzo. El objeto distante, al poner en marcha la secuencia de respuestas de agarre y manipulación, evoca en el organismo su propia naturaleza interna de resistencia. Tenemos aquí la base para la empatía de Lipps. Sería un error considerar esta naturaleza interna de la materia como una proyección por parte del organismo, de su sentido de esfuerzo, al objeto. La resistencia está en la cosa tanto como el esfuerzo está en el organismo, pero la resistencia está allí sólo frente al esfuerzo, o a la acción de otras cosas. Traídas pues así al campo del esfuerzo, acción y reacción son iguales. El carácter interno de la cosa se debe en efecto al organismo—a la continuidad de esfuerzo y resistencia. Sin embargo, el carácter de internalidad surge sólo con la aparición del organismo como objeto, con la definición de superficies y de experiencias del organismo que se encuentran dentro de las superficies que lo limitan. Lo que deseo enfatizar es que la cosa física en las presiones de contacto, y a distancia al despertar respuestas manipulatorias anticipatorias, evoca en el organismo algo que es continuo con su propia naturaleza interna, de modo que la acción de la cosa donde está, se identifica con la respuesta del organismo. Es esto lo que hace posible que el organismo se situé a sí mismo y a su área manipulatoria en cualquier objeto distante, y que extienda indefinidamente el espacio del área manipulatoria, llegando así a un espacio homogéneo a partir de perspectivas disonantes. Lo que es esencial es que la cosa física despierta en el organismo su propia respuesta de resistencia, que el organismo como materia está actuando como actúa la cosa física.

Hay dos expresiones que he usado arriba que requiren más comentario. Una es la identificación del esfuerzo interno del organismo con la materia del objeto. Como he indicado, esto no implica que el organismo proyecta un contenido interno al objeto. La resistencia está allí como opuesta al esfuerzo, pero en el organismo del infante no está sólo la respuesta de apretar contra la cosa, sino también, mediante la integración del sistema nervioso central, el surgimiento de la respuesta de apretar la otra mano contra la banda que está apretando la cosa (ii). El organismo actúa sobre sí mismo, y al actuar sobre sí mismo sus respuestas son idénticas con las que les da a las cosas. La cosa, pues, hace surgir en el organismo la tendencia a responder del modo en que la cosa responde al organismo. Hemos aprendido en años recientes que la función del sistema nervioso central en las formas superiores es la de conectar todas las respuestas potencialmente con cada una de las respuestas del organismo. En cierto sentido todas las respuestas están interconectadas de este modo por vía de inervación y de inhibición interrelacionadas. Hay que establecer, sin embargo, una distinción entre el objeto del área manipulatoria que es visto y también es manejado, y el objeto distante que está fuera de alcance a la vez que está en perspectiva visual. Hemos visto que la continuidad del esfuerzo y de la resistencia de la materia facilitan la situación del organismo con su área manipulatoria en el objeto distante. El sentido en el que esto tiene lugar se halla en las respuestas que surgirían en tal ubicación—respuestas que son invocadas, aunque inhibidas, en el interior del organismo. Lo que he estado indicando ahora es que el objeto disttante hace surgir la respuesta de su propia resistencia además del esfuerzo de reaccionar ante él. Lo que va comprendido en que un objeto distante esté "allí" no es simplemente la tendencia a responder a él, ni tan siquiera de modo anticipativo, ni tampoco se logra su ubicación como objeto distante sólo mediante una mera imagen sensorial de su tacto, a menos que con la imagen memorística nos refiramos a la tendencia que hay en el organismo del infante a apretar de la manera en que aprieta el objeto distante, invocando así la tendencia a responder con su propia presión. Es ésta última respuesta la que en nuestra experiencia constituye el objeto físico—un algo con un interior. Estoy convencido de que esta corporización del objeto en las respuestas del organismo es el factor esencial en la emergencia de la cosa física.

El objeto está allí en su resistencia inmediata al esfuerzo del organismo. No está allí como objeto, sin embargo, es decir, no tiene interior. Obtiene su interior cuando hace surgir en el organismo su propia respuesta y así la respuesta del organismo que responde a esta resistencia. Lo que se ha llamado esta naturaleza del objeto tal y como es invocada en el organismo aparece en la sensación de dureza o de resistencia. Está efectivamente, como supuso Locke, la misma naturaleza extendida resistente en la experiencia del individuo que en el mundo, pero para Locke esto era en la experiencia del individuo una "idea", es decir, una sensación. Si reconocemos la identidad de resistencia y esfuerzo, entonces el carácter de "idea", es decir, de algo que pertenece a la experiencia del individuo, le viene cuando se hace surgir la respuesta del organismo bajo la forma de la resistencia, de la naturaleza interna de la cosa. Éstas tienen, como hemos visto, un carácter idéntico. Tanto el objeto físico como el organismo son materiales. Lo que debe mostrarse es que el objeto hace surgir en el organismo no sólo una respuesta orgánica a la cosa física sino también una respuesta a sí mismo como objeto que invoca esta respuesta. El mecanismo mediante que lleva a cabo esto es el cerebro. El mecanismo de la médula y su bulbo es simplemente de respuestas a estímulos externos. Tales estímulos son imperativos en sus exigencias. El cerebro, en cambio, es un órgano que integra una enorme variedad de respuestas, incluyendo los reflejos inferiores, y es específicamente el centro para los órganos de los sentidos a distancia situados en la cabeza. En el proceso integrativo hay diferentes combinaciones alternativas y alternativas correspondientes también para las inhibiciones que van necesariamente unidas a esa integración. Esto introduce un desfase en la respuesta, y un ajuste en cuanto a la selección del tipo de respuesta, es decir, una elección. La elección implica más que la competición de dos o más estímulos para obtener el control de la respuesta orgánica. Implica que la situación está en algún sentido en el interior del esquema de comportamiento del organismo. Lo que no se hace define al objeto en la forma en que sí que reaccionamos a él. Las superficies que limitan el objeto, sus resistencias a diversas posibles reacciones sobre él, los usos que pudieran dársele en grados diversos, entran a constituir ese objeto, y son caracteres del objeto que perderían su naturaleza estática si las respuestas que comprenden se llevasen efectivamente a cabo. Son competidores entre sí con vistas a la acción del organismo, pero en la medida en que no se llevan a efecto constituyen el objeto sobre el cual tiene lugar la acción, y dentro del conjunto del acto fijan las condiciones de la forma que adopta el acto. Todas estas respuestas se encuentran en el sistema nervioso central en tanto que vías de reacción interconectadas con todas las demás vías. Si algunas respuestas son preponderantes, inhiben ipso facto a todas las demás. Es posible seguir este proceso de inhibición con cierto detalle en el uso de músculos y de reflejos de contracción antagónicos. Se da una clara relajación de ciertos músculos cuando hay inervación en otros. Para llevar a cabo una una respuesta, el cerebro inhibe otras respuestas. El sistema es tan responsable de lo que no hace como de lo que hace. (iii)

En el campo de la materia, la resistencia que el volumen de un cuerpo ofrece a la mano o a cualquier superficie del cuerpo, y las tendencias a manipularlo cuando se ve a distancia, se organizan de diversas maneras. Está, por ejemplo, la tendencia a recoger un libro que está en una mesa distante. La forma y resistencia del libro se hallan presentes en cierto sentido en el ajuste que ya está presente en el organismo cuando se ve el libro. Mi tesis es que las respuestas de contacto inhibidas en la experiencia a distancia constituyen el sendio de la ressitencia del objeto físico. Son, en primer lugar, opuestas a las respuestas que efectivamente se activan nerviosamente o están pendientes de activarse. Son competidoras para el campo de respuesta. También, en el seno del mismo acto, fijan las condiciones de la respuesta efectiva. Me refiero específicamente a las respuestas que entran en la constitución de la materia en la experiencia a distancia. Si vemos un libro distante se invocan un número indefinido de respuestas manipulatorias, como son agarrarlo de diversas maneras, abrirlo, arrancarle las hojas, apretarlo, frotarlo, y muchas otras. Una, coger el libro, es predominante, y organiza el acto completo. Por tanto, inhibe todas las demás. Las tendencias a realizar estas otras conllevan la misma resistencia a la manipulación, y se hallan ahora en oposición directa a la tendencia dominante; pero mientras están en oposición proporcionan las condiciones para el ejercicio de la respuesta dominante. El tacto del libro si uno lo frotase, los contornos si uno pasase las manos alrededor, la posibilidad de abrir el libro, etc., determinan la forma que tomará el agarrar y levantar el libro. En general, lo que uno no le hace al libro, en la medida en que esto invoca la misma resistencia que la que se da al manipularlo efectivamente, y en la medida en que está inhibido por lo que uno sí le hace, ocupa en la experiencia el lugar de "lo que el libro es", frente a la respuesta que es la expresión del acto. (iv) 'Inhibición' no connota aquí una simple inexistencia de estas respuestas, puesto que reaccionan frente a la respuesta dominante para determinar su forma y naturaleza. La manera en que uno agarra el libro viene determinada por las otras vías de respuesta, tanto por las que son inhibidas como por los controles de ajustes en los que las respuestas no realizadas reciben sin embargo una activación nerviosa parcial. El acto es un equilibrio móvil en el seno del cual muchas respuestas entran en juego con la respuesta dominante y responden a ella. Lo que no se hace actúa como una definición continua de lo que se hace. Es la resistencia que hay en lo que no se hace lo que es la materia del objeto al que respondemos.

En la medida en que existe el mundo para el organismo, en la medida en que es el entorno del organismo, queda reflejado en las reacciones del organismo al mundo. Aquello con lo que efectivamente entramos en contacto está allí frente al organismo, pero con mucho en la mayor parte de lo que nos rodea no nos apoyamos ni la manipulamos. Está distante de nosotros en el espacio y en el tiempo; y sin embargo tiene un contenido interno que es una continuación de lo que se halla bajo nuestros pies y en el ámbito de nuestro alcance. Estos objetos distantes no sólo invocan en nosotros respuestas directs de movernos hacia ellos, o en dirección contraria a ellos, y de manipularlos, sino que también hacen surgir en nosotros los objetos que actúan sobre nosotros desde nuestro interior. He estado tratando de presentar el mecanismo neural mediante el cual aparece en la experiencia la naturaleza interna de la cosa externa.marmol2

Si la vista del libro llama a una respuesta directa de movimiento hacia el, en esta respuesta no hay sin o la excitación del organismo a ese acto. Pero si todas las otras respuestas de las que pueda ser responsable el libro se excitan, pueden entrar a formar parte del acto sólo en la medida en que sean inhibidas o coordinadas entre sí. Están en oposición a la respuesta dominante de moverse hacia el libro hasta que la integración del acto las disponga en sus relaciones espaciales y temporales con la inhibición de su expresión inmediata. Es esta oposición a la que me he referido como resistencia. El cerebro es la porción del sistema nervioso central que pertenece a las experiencias a distancia. Tiene, sin embargo, una conexión directa con los reflejos del sistema de la médula espinal. No sólo orienta a la cabeza, y por tanto al organismo, hacia los objetos distantes, sino que también conecta estos estímulos distantes con las respuestas del tronco y de los miembros que estos objetos hacen surgir cuando se ha puesto al organismo al alcance de contacto con los objetos, de modo que estas respuestas posteriores se hacen surgir adelantándose a la situación en la cual puedan recibir activación nerviosa efectiva. El objeto está así expresándose en el organismo no sólo en el hecho de estimularlo a acercarse o retirarse, sino también haciendo surgir anticipativamente unas reacciones que se llevarán a cabo de modo efectivo más tarde. Con el término "expresarse" quiero decir que las relaciones que hacen de los objetos que lo rodean el entorno del organismo están activas en el organismo.El entorno está allí para el organismo en la interrelación de organismo y entorno. Las respuestas diferidas integradas en el acto dirigido hacia el objeto distante constituyen el objeto como será o al menos como puede ser para el organismo. Pero para poder ser un objeto ha de tener un contenido interno, al que nos referimos como los resultados de respuestas ahora aplazadas. El hecho de que éstas estén en alguna medida presentes en el objeto distante es lo que requiere explicación. La explicación que estoy ofreciendo es en términos de la resistencia que encuentran en el acto dominante con respecto al cual han de ser integradas. La resistencia se encuentra en el ajuste y retraso en la ejecución y en las inhibiciones que éstos conllevan.

La fase primaria de esta resistencia hemos visto que se hallaba en la materia del objeto físico. La continuidad de la resistencia del objeto con las resistencias de partes del organismo entre sí constituye la materia tanto de los objetos como del organismo, y transfiere a los objetos la interioridad de las resistencias orgánicas a ellos, mientras que los objetos en su organización espacial conducen a la definición del organismo como objeto físico. Pero, como ya he apuntado, esta resistencia aparece como la interioridad de la cosa física sólo cuando el objeto despierta en el organismo la propia actitud de resistencia del objeto. La cosa física usa las tendencias que tenemos a resistir por adelantado al contacto efectivo, de modo que existe en el comportamiento del organismo, no como sensación del organismo, sino como la entrada del organismo a los objetos, por vía de asumir las actitudes de éstos, definiendo y controlando así su propia respuesta. (v) Está también, claro, la respuesta inmediata del organismo a la presión que recibe, en la cual el objeto como objeto no entra. Aquí no hay carácter de un objeto que pudiese denominarse sensación. Es sólo la respuesta en bruto del organismo al entorno. Pero cuando esta actitud de resistencia del objeto al organismo puede hacerse surgir dentro del propio organismo, como opuesta a la resistencia del organismo a él, entonces se da lo que una filosofía de la mente podría situar en el organismo como algo mental—una idea, en el sentido de Locke. Un examen del desarrollo de la experiencia del infante, sin embargo, muestra que el entorno ha de haber entrado primero en las respuestas orgánicas del niño como una resistencia que posee en común con las resistencias que el organismo ofrece a sí mismo, antes de que el organismo pueda definirse a sí mismo y a sus experiencias como distinto de las cosas físicas que lo rodean. Es el mecanismo del cerebro el que, en sus conexiones con las respuestas de la médula y del bulbo raquídeo, ha hecho posible este jugar el papel del objeto físico en el propio comportamiento del organismo; y en particular ha utilizado las respuestas manipulatorias de la mano en la interrupción que tienen del proceso de respuesta hasta su consumación. Aquí la resistencia mutua de cosa y mano abre la puerta a que la cosa juegue su papel en el comportamiento del organismo. Y le quedó a la ciencia renacentista la misión de aislar estas características mensurables de la cosa física, como condiciones para todos los demás caracteres de la cosa tal y como aparecen en la experiencia.

En la experiencia inmediata la cosa es suave o áspera, es agradable o dolorosa, en la medida en que es resistente. La suavidad o la aspereza o lo agradable o el sufrimiento suponen varias respuestas llevadas a cabo hacia el objeto a distancia, y éstas entran en la organización del acto aunque sean inhibidas de inmediato. Que no se lleven a cabo inmediatamente significa que quedan organizadas en torno a la respuesta dominante de acercamiento o de retirada y las reacciones subsiguientes. Mi tesis es que la resistencia que esta organización del acto les ascribe las identifica como caracteres de la cosa, aunque sea como cualidades inherentes a la cosa física en tanto que objeto resistente. La superficie que llamamos suave invoca una tendencia a acariciarla, pero el que uno no pueda hacer esto hasta que haya llegado a ella y la haya tocado significa que la apariencia efectiva de suavidad o de agrado espera la resistencia manipulatoria de la cosa física. El que estos caracteres aparezcan como dependientes del acto organizado con referencia a alcanzar el objeto físico constituye la fase orgánica de la realidad de contacto del objeto distante. Lo que quiero enfatizar es que esta realidad de contacto del objeto distante se manifiesta en la organización neural en la inhibición de la reacción que despiertan estos caracteres del objeto distante mediante el acto organizado que los realiza. En la medida en que la tendencia a acariciar el objeto suave distante es retenida por la organización del acto que realizará la tendencia, es una afirmación de la realidad condicional de la suavidad del objeto. Si no puede entrar en la organización de tal acto, la abandonamos como una ilusión; por ejemplo la aparente humedad del brillo tembloroso que hay por encima de la arena del desierto no puede acomodarse dentro del acto de ir y beber el agua ilusoria. La aceptación de inhibiciones comprendidas en la actitud de acercamiento organizada es lo que confiere esas cualidades al objeto distante. Las resistencias comprendidas en la organización conducen a procesos que son excitados antes de poder realizarse y que sin embargo pueden determinar la forma del acto que los completa.

El desarrollo de la cabeza, y del cerebro en tanto que asiento de los sentidos a distancia, le ha dado al organismo las dos características principales propias de la mente. Ha producido la excitación anticipativa de reacciones que sólo pueden realizarse cuando se cumple la reacción del cuerpo a sus resistencias inmediatas al perseguir su objetivo. Con la organización del acto de tal modo que estas reacciones excitadas pero no completadas puedan cumplirse, ha introducido el futuro en el mecanismo del acto, y el condicionamiento mutuo del presente y del futuro. También, ha hecho posible que se excite dentro del organismo esa resistencia de la cosa física que es común a la cosa y al organismo. La cosa física externa al organismo puede invocar su propia respuesta y la reacción del organismo en respuesta a ella. En forma de una resistencia espacialmente definida, la acción del objeto distante se halla presente en la respuesta del organismo, con su valor al excitar las reacciones adecuadas del organismo. Además, otras características del objeto que para realizarse dependen de que se lleve a cabo un acto orgánico, se convierten, mediante la organización de las respuestas a ellas en el interior del acto y mediante la aceptación de ese control, en maneras en que el objeto aparece en la conducta del organismo. El objeto puede así aparecer en la experiencia por medio de la reacción del organismo a él, dado el mecanismo del sistema nervioso superior.  Está allí con los valores que tendrá, reflejados en las respuestas del organismo; pero está allí anticipadamente a las respuestas. Y es porque los objetos están allí por lo que el organismo puede volverse un objeto para sí mismo en su experiencia.

B.  Hay una diferencia característica entre las llamadas cualidades primarias y las secundarias. El material en bruto de la materia aparece en las cualidades primarias de la extensión, la ocupación efectiva del espacio, y movilidad. Estas responden en nuestra experiencia a lo que Newton llamó la cantidad de materia. Ésta aparece en la experiencia inmediata de la resistencia espacial del cuerpo. Aparece en el impulso. Al menos esta es la experiencia del objeto como algo que ofrece resistencia en su extensión, de nuestros propios cuerpos adquiriendo impulso, del esfuerzo necesario para poner un cuerpo en movimiento y para cambiar su estado de movimiento. La extensión, el volumen, y la resistencia a un cambio de reposo o de movimiento, no pueden definirse con exactitud en términos de nuestra experiencia sensorial, pero son caracteres que nos permiten situarnos dentro del objeto físico. Su resistencia es igual a la nuestra. Produce la misma sensación. En el caso de las cualidades secundarias, los caracteres que aparecen en nuestra visión, oído, gusto y olfato, no pueden compartirse con los caracteres del objeto físico al que corresponden. No es siendo rojo, o salado, o ruidoso, u oloroso, como el organismo se halla en relación con objetos que tienen estas características. Es resistiendo como el organismo entra en relación con los objetos resistentes. Si buscamos el mecanismo biológico de esta experiencia, como lo hacemos en el caso de lo que llamamos los otros sentidos, lo hallamos en las resistencias que diferentes partes del organismo ofrecen unas a otras. La mano, en especial, aprieta contra diferentes partes del cuerpo, y ellas, en respuesta a esta presión, se le resisten. Cuando uno aprieta la superficie de una mesa, tiene la misma experiencia que cuando aprieta contra su mano, exceptuando la ausencia de la respuesta de resistir la presión de la otra mano. Pero hay aquí un contenido en común, por medio del cual el organismo más adelante pasa a los interiores de las cosas. En ninguna otra experiencia sensorial pasamos adentro de la cosa. Nos puede afectar con su color, olor, sabor o temperatura, pero la relación no instala en nosotros el carácter del objeto. La resistencia, o la ocupación efectiva del espacio, la "solidez" de Locke, tiene en la experiencia un carácter en común, como notó Locke, que está tanto en el individuo como en las cosas externas. Si lo formulamos en términos de una "idea", de una sensación de la mente, todo el asunto, tanto el efecto externo como la sensación interna, queda encerrada en la mente, donde la situó Berkeley, y donde la dejó Hume para dispersarse con las otras impresiones de la mente. Lo que exige un análisis más detallado del que admitía la psicología de su época es esa fase de la cosa física a la que me he referido como su interior. Este término no se regfiere a las nuevas superficies descubiertas mediante una subdivisión de la cosa. Sí tiene que ver con esa unidad de la cosa que Kant y sus seguidores idealistas situaron en el proceso del juicio; pero tiene que ver con algo más—a saber, con un elemento de actividad, expresado en el término resistencia. Cuando una mano aprieta contra la otra, cada mano resiste a la otra desde dentro. Como he dicho, cuando la mano aprieta una mesa, hay un elemento de resistencia en la mesa que es idéntico con lo que encontramos en la resistencia mutua de las dos manos; pero mientras que la mesa resiste a la mano con la misma eficacia que la otra mano, a la resistencia de la mesa, tomada como una experiencia abstraída, le falta el carácter de actividad que le pertenece a la presión de la otra mano. Sin embargo requiere una abstracción el quitarle este carácter a la mesa. Decir que ponemos este carácter en la cosa, cuya masa o inercia se resiste a fuerzas que actúan sobre ella, significa o bien volver a una doctrina de la consciencia de la materia en bruto que separa el individuo de las cosas físicas en lugar de interrelacionarlo con ellas, o bien ignorar el hecho de que el organismo del individuo llega a la experiencia sólo tal y como lo definen y lo orientan otros objetos. Tampoco estaríamos justificados al suponer que un individuo localiza una interioridad dentro de sí antes de hacerlo en otras cosas. Habría de ser bastante evidente, aunque de hecho se pasa por alto generalmente, que nos convertimos en cosas físicas a la vez que los objetos que nos rodean, y que nos anatomizamos, como ha señalado recientemente Russell, sólo a la vez que anatomizamos a otros. Pero es posible reconocer en la evolución de la corteza cerebral un mecanismo mediante el que los organismos superiores pueden vivir en un entorno ocupado por cosas físicas que, incluyéndolos a ellos, tienen interiores. Sin duda una respuesta procedente de un interior ha de venir del organismo y no de la cosa física que está fuera de él, pero no puede ubicarse en el organismo hasta que el organismo haya sido definido por vía de sus interrelaciones con otras cosas.

Lo que el amplio desarrollo del cerebro ha hecho posible es la inervación y organización de las respuestas previamente a su ejecución. Cuando un organismo dotado con órganos tales encuentra que su mano aprieta contra un objeto resistente, habrá una experiencia común en la presión del objeto y la de la otra mano, y habrá también un estímulo al que contestar con una presión en respuesta exactamente como respondería la otra mano. El organismo se ha estimulado a sí mismo, mediante su acción sobre un objeto, a actuar sobre sí a manera del otro objeto. Para un animal cuyo sistema nervioso central incluye sólo una médula espinal y un bulbo raquídeo,, cuyas respuestas, por tanto, tienen lugar sin dilación, semejante tendencia a reaccionar a su propia reacción a un objeto sería incongruente y carente de sentido. Para un animal cuyos receptores externos lo ponene en relación con el objeto desde lejos, y cuya corteza cerebral le permite comenzar y organizar sus respuestas en anticipación a un contacto satisfactorio o peligroso, tiene inmensa ventaja ser capaz de actuar en cierto sentido en lugar del objeto distante y de este modo estar preparado para su propia reacción subsiguiente. Donde la acción de otras cosas sobre nosotros es en alguna medida idéntica a respuestas nuestras, de modo que el comienzo de nuestra acción sobre ellas puede estimularnos a invocar en nuestros organismos una respuesta diferida que nos coloca en sus actitudes, pueden volverse objetos para nosotros al mismo tiempo que podemos volvernos objetos para nosotros mismos, ya que nos aproximamos a nuestra propia acción posterior desde el punto de vista del otro. Porque nunca podemos volvernos personas con identidad a menos que la acción en la que estamos implicados incluya una acción dirigida a nuestros propios organismos. Sin duda, para convertirnos en sujetos con consciencia individual el mecanismo de la comunicación es necesario, pero la matriz de la comunicación es la estimulación que nos proporcionamos a nosotros mismos para actuar de la manera en que actuarán aquéllos sobre los cuales estamos actuando.

Hay por tanto dos caracteres de la cosa física, si la contemplamos desde la perspectiva de la génesis de la experiencia tal como la hallamos en el individuo, y tal como inferimos que tuvo lugar en la historia temprana de la comunidad humana. (vi).

El primer carácter es el de la continuidad de la experiencia de presión en el organismo y de resistencia en el objeto físico. La experiencia del organismo en su contacto con el objeto físico es la presión que es el carácter del objeto físico. Ésta, como hemos visto, distingue la experiencia de contacto de las experiencias de las llamadas cualidades secundarias. Lo que se experimenta es la resistencia de la cosa física, y la experiencia de esta resistencia es de por sí una resistencia en el organismo. Como la expresión "experiencia de" conlleva unas implicaciones peligrosas, es mejor formular la proposición del modo que sigue: que en la experiencia de contacto el carácter resistente del objeto es idéntico al carácter resistente del organismo; mientras que en la experiencia a distancia el carácter del objeto no está presente en modo alguno en el organismo.

El segundo carácter que el objeto sin duda toma prestado del organismo, al volverse un objeto, es el de actuar efectiva o potencialmente sobre el organismo desde su interior [el del objeto]. (vii). También he llamado a este carácter el de "tener un interior". Es el carácter de resistencia idéntico en el organismo y en el objeto el que le abre la puerta a este tomar prestado. Adoptar la actitud de apretar contra un objeto es estimular en el organismo la actitud de una presión opuesta. Esta es una actitud fundamental reflejada también en la ley de Newton de acción y reacción. Ha de haber una acción del objeto igual a la acción del organismo sobre él, para que en nuestra experiencia pueda haber una cosa física. Al agarrar el objeto, al empujarlo, al apoyarse contra él, en cualquier manipulación a que se le someta, el objeto ha de volver sobre el organismo con una resistencia igual, si ha de ser y mantenerse como una cosa. El análisis psicológico ha usado aquí el término de "imágenes cinestésicas" y el análisis estético se ha referido a ello como "empatía." Vemos al objeto no simplemente ofrecer resistencia pasiva, sino resistírsenos activamente. Pero me parece que la importancia fundamental de estos hechos para la emergencia del objeto físico en la experiencia no se ha reconocido. Es fácil pasarla por alto, porque la actitud de la respuesta a la presión de la cosa es idéntica a la del organismo, aunque direccionalmente opuesta. Esta oposición se revela en la aparición del organismo como un objeto físico. Semejante objeto puede aparecer únicamente cuando el organismo ha tomado la actitud de actuar sobre sí mismo, y la invitación a esto se halla en el hecho de que nos hemos estimulado a nosotros mismos mediante nuestra actitud hacia la cosa física para responder con presión como responde la cosa.

Hay aquí dos cuestiones a tener en cuenta. Una es la abstracción relativamente tardía del objeto físico a partir del objeto social, y la necesidad de que el organismo tome la actitud del otro para volverse un objeto para sí mismo. La otra es la estructura del espacio en nuestra experiencia. Esta halla su expresión en las coordenadas cartesianas y en la conservación de la estructura idéntica, no importa dónde se sitúe el origen del sistema. Es el primer elemento de la relatividad newtoniana. En nuestro espacio perceptual, un individuo halla el centro del sistema dentro de sí, y las coordenadas se extienden hacia arriba y hacia abajo, a la derecha y a la izquierda, y delante y detrás de él. Vienen dadas orgánicamente por su simetría bilateral y por el mantenimiento de su posición erecta frente a un objeto distante que se halle en su línea de visión. Lo que deseo recalcar es que hay más cosaas implicadas en el espacio perceptual aparte de esta orientación. Las distorsiones del espacio visual distante se corrigen en la percepción en grado muy considerable. Vemos las cosas en las dimensiones y estructura del área manipulatoria. Ahora bien, está claro que esto puede llevarse a cabo en la experiencia inmediata si existe en la percepción un mecanismo que nos permita adoptar la actitud del objeto distante. Es la visión de la cosa física distante la que estimula al organismo a adoptar su actitud de resistencia, que es el sentido que tiene ver un objeto sólido. La visión de una cosa física en cualquier punto de nuestro campo de percepción nos sitúa a nosotros allí, además de donde estamos, y de hecho lo hace porque nos sigúa donde estamos. Frente a la tendencia a moverse hacia el objeto distante o en dirección contraria a él, y por encima de esa tendencia, la ubicación inmediata en el espacio perceptual implica la presencia de una cosa en ese punto, y la presencia de una cosa más allá del estímulo de acercarse o de apartarse conlleva el carácter de acción de la cosa en ese punto: su resistencia activa, que se ha tomado prestada, como he dicho, de las respuestas del organismo.

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Notas de la edición original 

(1). Las secciones (A) y (B) de este ensayo son explicaciones paralelas tomadas de dos manuscritos diferentes.





Notas del traductor
  (i) Vemos aquí una extensión o paralelo de la teoría de Mead referente a la constitución de la identidad personal (self ) en el ser humano, tal como se describe más por extenso en Mind, Self and Society. Sucintamente, podemos decir que se adquiere una identidad personal (vale decir una interioridad humana) mediante la autoafección que repite, en un teatro de estímulos relaciones internas, el teatro social de estímulos y relaciones externas. La autoafección mediante un signo comunicativo que afecta al sujeto que lo emite a la vez que a otros sujetos es un elemento crucial para la adquisición de esta interioridad o subjetividad compleja (ver también más adelante el ensayo suplementario V, "La génesis de la identidad personal y el control social").  Ahora, en la descripción del origen de la sensación física táctil, una teatralidad semejante, o mediatización reflexiva del sujeto para la constitución de la experiencia, se aplica a una modalidad de la experiencia mucho más básica, y no parece que pueda restringirse esta descripción a la sensibilidad táctil humana. Vemos por tanto las raíces de esta autoafección cognitiva, y de la importancia de la reflexividad, en una modalidad de experiencia sensorial básica y puramente "física" (pero ya también perceptual, y por tanto cognitiva y semiótica—y en esta insistencia en la mediación semiótica de la experiencia está la importancia de la teoría de Mead para pensar tanto el origen de la subjetividad como de la experiencia en general, y de la semiosis).

(ii) "The band that is pressing the thing"—se refiere Mead a "la parte de la superficie del organismo que está apretando contra algo" y que, en su interpretación, crea en la mente una sensación como si esa parte del cuerpo estuviese siendo apretada por la mano, por otra parte del propio organismo. Puede compararse el análisis de la percepción ofrecido en el capítulo I.i del Leviathan de Hobbes ("Of Sense") para ver hasta qué punto se situá la reflexión de Mead en la tradición más venerable del empirismo anglosajón, y no solamente en la escuela de psicología fisiológica de Wundt, o en la fenomenología de la percepción de Dilthey, que también se cuentan entre sus influencias intelectuales. En ese capítulo, Hobbes apunta de modo perspicaz a la constitución mental del objeto (y por tanto del mundo) como resultado de la reacción del organismo a impulsos externos que no son "sensoriales" hasta que el organismo los convierte en tales en un proceso que podríamos asimilar a la autopercepción o autoafección aquí descrita por Mead.

(iii) Compárese esta descripción de Mead con los recientes estudios de un fenómeno cuya existencia en ningún caso pudo sospechar, pero que viene a confirmar en cierto modo de manera acabada esta descripción del papel del cerebro en la constitución del objeto y de la conciencia de él. Me refiero al sistema cerebral de las neuronas espejo, presente en grado variable en los primates y quizá en otros animales superiores, y que se activa —con la correspondiente inhibición simultánea— al contemplar un actividad de percepción, de ingestión o de movimiento intencional en un sujeto que esté siendo observado por el sujeto en cuestión. Lo que deseo subrayar es la simultaneidad de activación y de inhibición en la constitución de un objeto intencional elaborado, en este caso el de la intencionalidad de otro individuo. Puede leerse más sobre neuronas espejo en mi artículo "Interacción internalizada", y en diversas fuentes primarias como Mirror Neurons and the Evolution of Brain and Language, ed. Maxim I Stamenov y Vittorio Gallese (Advances in Consciousness Research, series B, 42; Amsterdam: John Benjamins, 2002). Vittorio Gallese presenta en vídeo algunas ideas centrales en "From Mirror Neurons to Embodied Simulation: A New Perspective on Intersubjectivity." Neuropsychoanalysis Lecture Series. Viddler-NPSA 17 dic. 2010.
    http://www.viddler.com/explore/npsa/videos/20/
    http://videos.benchfly.com/explore/npsa/videos/21/
    2011
El capítulo de Matthew Ratcliffe "Phenomenology, Neuroscience and Intersubjectivity," en Companion to Phenomenology and Existentialism (ed. Hubert Dreyfus y Mark Wrathall; New York: Wiley; Oxford: Blackwell, 2006) establece una relación de estos avances en neurología con las reflexiones de la tradición fenomenológica. Ver también Marco Iacoboni, Mirroring People: The Science of Empathy and How We Connect with Others (2008; New York: Farrar, Straus and Giroux-Picador, 2009) y el artículo de la Wikipedia sobre las neuronas espejo.  En las "actitudes" de la psicología de I. A. Richards (ver mi artículo "Intersubjetividad corporeizada") vemos otra teoría de un coetáneo de Mead que pone un importante énfasis en los impulsos corporales potenciales, inhibidos o bloqueados, a la hora de constituir la experiencia, en este caso la experiencia artística y la representación.

(iv) Obsérvese esta radical reinterpretación de la "esencia" de un objeto físico, o más bien, en la tradición empirista Lockeana, de sus "cualidades primarias", que pasan aquí a ser también secundarias, referidas al organismo-sujeto y a su capacidad de acción sobre el objeto. La materia, tal como la reinterpreta Mead, es un tipo de respuesta dada por el organismo al entorno, respuesta siempre mediatizada por sus capaciades de acción en ese entorno, y por la inhibición de sus propios impulsos de acción o "actitudes" bloqueadas. Podríamos ver este análisis de Mead, en clave desconstruccionista, como una redefinición paradójica de lo "subjetivo" y lo "objetivo", o de la "voluntad" y el "mundo", buscando a ambos una base común en la experiencia de autorregulación del sistema nervioso del organismo en su respuesta tanto a sí mismo y su propia actividad como a impulsos sensoriales más directos; el objeto y la actitud subjetiva hacia él, por no hablar del propio sujeto o su autoconcepto, son así fenómenos emergentes a partir de un nivel de acontecimientos que deben ser descritos a un nivel de análisis diferente. Observemos que la teoría de la percepción de Mead es perfectamente consistente con otras teorías ecológicas de la percepción y de la constitución mental de objetos como la del umwelt relativista de las diferentes especies propuesta por la biosemiótica de von Uexküll, o la más reciente de Donald D. Hoffman referida a la construcción del mundo visual como una interfaz. (Ver "La teoría de la interface de la percepción" en La Nueva Ilustración Evolucionista).

(v) Aquí Mead quizá lleva demasiado lejos la "personificación" del objeto, atribuyéndole actitudes, pero no olvidemos que es un objeto constituido en el seno del propios sujeto, y que así juega un papel en este drama interno de diferenciación del propio cuerpo y del mundo. Obsérvese por cierto la continuidad de este análisis dramatúrgico de la percepción con ese otro análisis dramatúrgico de la constitución del yo como objeto social, que constituye una de las mayores aportaciones de Mead al interaccionismo simbólico. Pueden verse al respecto, además de la exposición de Mead en Mind, Self, and Society, los capítulos correspondientes del libro de Joel M. Charon Symbolic Interactionism (resumido aquí en "El interaccionismo simbólico"). En el pensamiento de Mead, la sociabilidad e influencias mutuas permean desde la constitución del mundo físico hasta la percepción y la consciencia, la identidad personal, y por supuesto las estructuras e instituciones sociales.

(vi) No parece estar bien justificada la restricción que hace Mead de este carácter de la cosa física a la experiencia que de ella tiene la comunidad humana. Buena parte de estos caracteres de los objetos parecen provenir de una fase anterior de la evolución, y ser comunes a la experiencia de los vertebrados, y más especialmente a los que gozan de capacidades manipuladoras como los primates. También pueden corresponder al menos algunas de sus principales características a la experiencia de animales con capacidad manipuladora menos emparentados con el ser humano, como los elefantes, pulpos, y otros. Hay una ontología corporal también asociada a las mentes animales, de tal modo que podemos decir que las bases de la subjetividad compleja se sientan con la mera existencia de la percepción.

(vii) Hay una errata en el texto original que confunde el sentido; donde dice "The second character the object undoubtedly borrows from the organism, in becoming an object, that of actually or potentially acting upon the organism from within itself", debería decir "The second character the object undoubtedly borrows from the organism, in becoming an object, IS that of actually or potentially acting upon the organism from within itself". Para aclarar mejor el sentido del texto aíslo en párrafos distintos cada uno de estos caracteres prestados del objeto, el primero y el segundo. Ignacio Sánchez de la Yncera también ha detectado esta errata en su traducción, aunque difiere algo en la interpretación de la misma.




George Herbert Mead: La génesis de la identidad personal y el control social



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What Is Reality (BBC)

 



Fragmentario: